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Ismaïl Yefsah: l'ange poignardé

En ce triste souvenir, l'équipe de L'Expression, à sa tête Ahmed Fattani, rend un vibrant hommage au martyr. Tous se souviennent de son perpétuel sourire traduisant sa gentillesse coutumière et son immense générosité.

Le 18 octobre 1993, Ismaïl Yefsah était assassiné simplement parce qu'il travaillait à la télévision. Il a été ravi à la vie à la fleur de l'âge et alors qu'il avait une carrière professionnelle toute tracée et prometteuse. L'on se rappelle, alors que le pays était à feu et à sang et qu'il traversait une longue nuit. Les circonstances qui ont vu mourir ce valeureux fils de Tala Amara étaient celles que connaissait tout un pays livré qu'il était à une rare violence. Yefsah était froidement assassiné à l'arme blanche à Bab Ezzouar, dans la banlieue est de la capitale. A cette époque, chaque jour des policiers et des gendarmes étaient froidement assassinés en pleine rue.
Des journalistes, des médecins, des artistes et des intellectuels étaient également la cible des hordes armées. Le défunt se préparait à rejoindre son lieu de travail, au 21 bd des Martyrs, lorsque des terroristes, qui le guettaient dans le parking de la cité des 2068 Logements, le surprennent pour lui porter plusieurs coups de couteau, avant d'être achevé par balle. Yefsah était avant tout un journaliste qui était animé par le métier d'Albert Londres. De l'avis des observateurs il était l'un des plus talentueux journalistes de l'audiovisuel. Il avait pour lui tous les atouts pour réussir dans un métier à forte «concurrence». De l'avis de ceux qui l'ont côtoyé et approché, à l'instar de Ahmed Fattani, patron du quotidien d'information L'Expression, ce jeune prodige jouissait d'un charisme et d'une présence incontestables à l'écran. Ses capacités intellectuelles certaines et son pouvoir naturel de séduction soulignaient admirablement sa grande maîtrise professionnelle. Ahmed Fattani évoque les moments qu'il partageait avec ce martyr du devoir d'informer: «Je me rappelle qu'on se voyait souvent au 37 Rue Larbi Ben M'Hidi, adresse du siège du journal Liberté que je dirigeais à l'époque. Ismaïl Yefsah était un touche-à-tout. Nous avions à aborder la situation sécuritaire, les problèmes politiques, autant que les desseins inavoués des islamistes au tout début des années 1990.» Et d'ajouter: «Les capacités d'analyse et de décryptage de mon interlocuteur étaient alors étonnantes. Autant d'éléments que l'on retrouve chez la race des grands reporters et journalistes. Nos rencontres quotidiennes étaient l'occasion de débats enrichissants qui m'aidaient, je l'avoue, à enrichir chaque jour l'édition du journal.» «Le soir, quand j'étais face au poste de télévision, je ne manquais pas de remarquer que Yefsah avait à chaque fois l'art d'apporter sa touche «managériale» aux journaux télévisés qu'il présentait, tout en remplissant l'écran, renchérit Ahmed Fattani non sans préciser que, ce gentleman de l'information avait une belle tête, agréable à voir.» Avant son assassinat, le défunt Ismaïl Yefsah avait fait la confidence à l'actuel directeur de publication du quotidien L'Expression qu'il allait être nommé à la tête de Canal Algérie. «Je l'ai beaucoup encouragé dans ce dessein» précise Ahmed Fattani.
Ce dernier cite également ces nombreux instants, où, il se rendait avec Yefsah au café Novelti, en pleine rue Larbi Ben M'hidi pour s'installer autour d'un noir et de...braver à leur manière la peur, surtout que Yefsah était une icône de la télévision à cette époque et ne passait donc pas inaperçu. En fait, il avait le courage de ses opinions et savait transgresser l'absurde et dire non quand il le fallait. «C'est une grosse perte pour le pays. Que Dieu ait son âme en Son Vaste Paradis», soupire enfin Ahmed Fattani, à la mémoire de Ismaïl Yefsah dont la date de la mort coïncide avec celle qui voit la célébration de la Journée nationale de la presse.

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