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Bouteflika ne s'adresse plus aux Algériens directement.

 Bouteflika ne s'adresse plus aux Algériens directement.

Des proches du président Abdelaziz Bouteflika ont pour la première fois émis des doutes sur ses capacités à diriger l'Algérie, confrontée selon eux à un "climat général dégradé", et demandé à le rencontrer pour s'en assurer.

Décoiffant ! On en est à ce que des Algériens supplient le chef de l'Etat de montrer des signes de vie ! L'ex-ministre Khalida Toumi, la sénatrice Zohra Drif-Bitat, la députée et soutien indéfectible de Bouteflika, Louisa Hanoune, l'écrivain en mal de repères Rachid Boudjedra et d'autres partisans du chef de l'Etat font partie des dix-neuf personnalités algériennes qui ont demandé - dans une lettre rendue publique vendredi - à rencontrer M. Bouteflika.

"Je connais très bien le président et je doute que certaines décisions soient de sa propre initiative", a assuré Mme Toumi, qui a fait partie du gouvernement de 2002 à 2014, date à laquelle le président Bouteflika a été réélu pour un quatrième mandat. Jusqu'à cette date tout allait bien manifestement pour Khalida Toumi. La dérive serait venue après, nous explique-t-elle dans cette sortie inédite.

"La déliquescence des institutions de l’Etat à la construction desquelles vous avez tant consenti met en péril les acquis de la nation et affaiblit le front politique et social national, au moment où le niveau des menaces extérieures est si élevé". Ces signataires semblent se réveiller et font mine d’ignorer les dégâts de la politique menée par le chef de l’Etat qu’ils sollicitent aujourd’hui. Se refusant à dresser un bilan des quatre mandats et leurs conséquences, ils préfèrent se lancer dans un pathétique appel à audience qui cache mal une offre de service.

Un président qui ne s'adresse plus aux Algériens

La situation est quand même unique dans l'histoire : un président qui se réclame d'un peuple qu'il ne rencontre plus, auquel il ne s'adresse plus. Le clan au pouvoir a franchi un seuil grave en imposant le quatrième mandat de l'actuel locataire de la présidence. Abdelaziz Bouteflika, 78 ans, a été victime en avril 2013 d'un AVC qui a affaibli sa mobilité et sa faculté d'élocution. Depuis 2012, il ne s’est plus adressé au peuple algérien. Ses activités publiques se résument à l'écran de la télévision officielle que lorsqu'il reçoit des invités étrangers. Seul un précarré de proches a le privilège de le voir de près. Aucun Algérien, hormis Lakhdar Brahimi n’a eu la "chance" de le rencontrer depuis des années. Seul un précarré de fidèles dont Sellal et Gaïd Salah rencontrent épisodiquement le chef de l'Etat.

Ses opposants, à l'instar de son rival à la présidentielle de 2014, Ali Benflis, n'hésitent pas à parler d'une "vacance de pouvoir". "Nous estimons qu'il est de notre devoir de patriotes algériens d'attirer votre attention sur la dégradation du climat général dans notre pays", affirment les 19 signataires de la lettre, qui demandent une audience au chef de l'Etat.

Selon eux, "la déliquescence des institutions de l'Etat, la grave dégradation de la situation économique et sociale, l'abandon des cadres algériens livrés à l'arbitraire et aux sanctions partiales" sont des "signes notoires" des maux du pays.

L'Algérie a perdu environ 50% de ses revenus pétroliers à cause de la chute des prix du brut et se voit maintenant contrainte de prendre des mesures d'austérité budgétaire pour diminuer le coût énorme des transferts sociaux qui permettent d'acheter la paix sociale. Le gouvernement prévoit notamment une augmentation des prix des carburants, selon le ministre des finances Abderahmane Benkhalfa.

Extrême gravité

Les signataires de la lettre, transmise le 1er novembre au secrétaire particulier du chef de l'Etat, affirment vouloir "faire partager (à M. Bouteflika) (leurs) inquiétudes quant à l'avenir du pays et solliciter (ses) interventions sur l'extrême gravité de la situation". La démarche prête à équivoque quand on sait que la plupart des signataires ont participé à "l'aventure Bouteflika" depuis une décennie et demie. Pas seulement, ces signataires ne remettent pas en cause la légitimité du président ni ses mesures, mais juste le fait qu'on ignore ses réelles capacités à gouverner le pays. Le hic est bien là.

Parmi les décisions récentes prises par Bouteflika et qui ont suscité des inquiétudes figurent le démantèlement des puissants services de renseignement et le renvoi de leur patron, le général Mohamed Mediene, dit Toufik, en poste depuis 25 ans.

Pour le politologue Rachid Tlemçani, les signataires de la lettre "tentent de se repositionner dans le paysage politique car ils ont été écartées de la sphère décisionnelle ces derniers temps alors qu'ils avaient été pendant longtemps des clients du pouvoir". Selon lui, ces personnalités veulent en fait avoir leur mot à dire dans la préparation de la succession du président Bouteflika, dont le mandat court jusqu'en 2019, alors que l'Algérie est "à la veille de profondes mutations politiques et économiques".

A ceux qui supputent une possible sortie du chef de l'Etat, la réponse est venue d'Ahmed Ouyahia qui vient de signer un communiqué pour dénoncer l'appel et pointer la responsabilité de Louisa Hanoune dans cette initiative. Attendons-nous à une levée de boucliers du FLN et tout l'arrière-banc des croupies et autres pique-assiettes.

H.A. avec AFP ( source le Matindz)

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