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IL NOUS A QUITTÉS LE 7 DÉCEMBRE 2004 Mohia, le Molière kabyle

Onze ans après sa disparition, Abdellah Mohia, plus connu sous le nom d'artiste de Mohand Ouyahia, reste le repère incontournable du théâtre d'expression kabyle.

La place vide qu'il a laissée, après son départ prématuré, dans le domaine de la dramaturgie amazighe, demeure difficile à combler, tant la relève n'existe malheureusement pas.
La création théâtrale en tamazight actuelle est loin de se hisser au niveau que lui a fait atteindre Mohia, grâce à ses innombrables traductions et adaptations de pièces universellement célèbres. Cet avis est partagé à l'unanimité par l'ensemble des spécialistes et professionnels du théâtre algérien, ayant déjà eu à monter les pièces de Mohia. C'est le cas de Ahmed Khoudi, metteur en scène de renom. Ce dernier ne rate aucune occasion pour évoquer et rappeler le rôle incommensurable joué par Mohia dans le lancement et la promotion du théâtre d'expression amazighe.
Malheureusement, actuellement, les seules pièces de théâtre qui jouissent d'un succès certain sont uniquement celles de Mohia. D'ailleurs, ses pièces ont fait l'objet de nombreux montages de la part de pas mal de metteurs en scène professionnels. Mohia, de l'avis de ses anciens camarades du lycée de Tizi Ouzou, était un élève brillant et féru de lecture. «Il avait constamment les yeux rivés sur un livre», se souvient Mohammed T., un ancien camarade de classe de Mohia, habitant dans la région de Boudjima, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Mohia est né le 1er novembre 1950 à Azazga.
Après l'obtention de son baccalauréat, il poursuit son cursus universitaire à Alger. Il obtient une licence de mathématiques en 1972. Puis il s'envole à Paris dans la perspective d'étoffer encore ses connaissances et son savoir. C'est dans la solitude de la capitale française qu'il découvre son don particulier pour la poésie, mais aussi et surtout pour l'adaptation théâtrale.
Il a été l'un des premiers à avoir su que pour que la culture amazighe puisse évoluer, elle doit impérativement s'ouvrir sur l'universalité. Et la solution pour ce faire, résidait et réside toujours dans l'adaptation des oeuvres littéraires de dimension universelle. Mohia se mit alors à traduire, plutôt à adapter, des pièces de théâtre d'auteurs majeurs, à l'instar de Molière, Samuel Beckett, Bertolt Brecht, Luigi Pirandello...
Comme on peut le constater, Mohia avait jeté son dévolu sur des auteurs monumentaux, dont une partie sont des prix Nobel de littérature. Son souci était d'élever le niveau de la culture amazighe de variante kabyle dont les références, à l'époque, se limitaient à la chanson, avec la naissance de bon nombre de paroliers. Mais pas encore d'écrivains... L'une des pièces adaptées par Mohia avait été mise en scène par le grand et talentueux Mohammed Fellag au tout début de sa carrière, à savoir «Sin-ni», tirée des «Emigrées» de l'auteur polonais Slawomir Mrozek.
De l'avis du metteur en scène Ahmed Khoudi, le génie de Mohand Ouyahia résidait surtout dans le fait qu'en adaptant les pièces universelles, il a réussi magistralement à insuffler une âme kabyle à ses textes avec l'usage d'expressions du terroir en vogue.
Cette méthode fait oublier aux spectateurs qu'il s'agit d'une adaptation. On se met en fait pleinement dans le bain kabyle, quand il s'agit des pièces adaptées par Mohia. Le regretté était également poète.
Des textes écrits par ses soins ont été chantés par de nombreux chanteurs kabyles comme le groupe Imazighen Imula, Idir... Pour lui rendre hommage, la direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou compte organiser aujourd'hui la deuxième édition du prix Mohia d'or de la meilleure dramaturgie en langue amazighe. Cette cérémonie aura lieu donc dès 14 h à la grande salle de spectacle du Théâtre régional Kateb-Yacine de la ville des Genêts.
Le programme comprend une allocution de l'homme de théâtre Omar Fetmouche suivie de la présentation de la pièce théâtrale «Si Lpertuf», mise en scène par l'association culturele Alma d'Iguersafen de Bouzeguene.
Après quoi, il sera procédé à l'annonce du nom du récipiendaire du prix Mohia d'or de la meilleure dramaturgie en tamazight.
L'événement sera clos avec la présentation d'une autre pièce de théâtre adaptée par Mohia. Il s'agit de «Mohand Ou Chabane» montée par les membres de l'association culturelle «Ibeturen» de Larbâa Nath Irathen.

Par Aomar MOHELLEBI (Source l'expression)

Tag(s) : #CULTURE

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