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MEDJAHED HAMID, COMPOSITEUR ET INTERPRÈTE, À L'EXPRESSION "Nos jeunes doivent être patients s'ils veulent réussir"

La 8e édition du Festival culturel national de la musique et la chanson amazighes s'est tenue du 19 au 24 décembre en cours. Concernant le volet des hommages, le commissariat du festival a jeté son dévolu cette année sur le grand compositeur et interprète Medjahed Hamid. Ce dernier fait partie des gens de la musique et du chant kabyles qui ont marqué de leur empreinte la chanson kabyle. Il a été honoré en signe de reconnaissance pour tout ce qu'il a donné à la musique et la chanson kabyles, l'une des composantes importantes du legs lyrique amazigh. Medjahed Hamid, cet artiste humble et réservé, rencontré à Tamanrasset en marge de ce festival, a bien voulu répondre modestement à nos questions tout en saluant la mémoire de Dda Rabah Taleb.

L'Expression: Pour commencer, la scène artistique vient de perdre Dda Rabah Taleb, un artiste hors du commun, quel commentaire faites-vous de sa disparition?
Medjahed Ham
id: Effectivement, c'est un artiste hors du commun. Un grand maître qui force le respect par sa simplicité et surtout sa modestie légendaire. Comme vous le savez le milieu artistique n'est pas aussi saint qu'on le pense, mais Dda Rabah est la sainteté même de ce milieu. Il est vrai tout simplement. D'ailleurs, je vais le dire à L'Expression: C'est avec lui que j'ai fait ma première fête alors que je n'avais que vingt ans.

Vous êtes à Tamanrasset pour l'hommage qui vous a été réservé, quel a été votre sentiment une fois sur scène pour recevoir un hommage du commissariat du Festival de la chanson amazighe?
Je sentais le sentiment du devoir accompli. Je suis honoré par cet hommage. En me rendant hommage à plus de 2000 km de chez moi, dans mon propre pays, c'est un plaisir et c'est une reconnaissance à juste titre. Comme je suis de nature direct je ne vous cache pas que j'aurais aimé recevoir cet hommage dans ma propre wilaya, dans le cadre du Festival de la chanson et la musique kabyles, mais comme nul n'est prophète en son pays, je dirais que chaque chose en son temps.

Sur la même longueur d'onde peut-on avoir vos impressions sur ce festival qui accroche sa huitième étoile?
Ce festival est la consécration de tout un combat, de longue haleine pour la reconnaissance de l'identité amazighe dans toutes ses composantes. C'était un rêve pour notre génération où il nous était interdit de s'exprimer en notre langue pour s'identifier. C'est le couronnement d'un sacrifice de beaucoup de militants engagés. Institutionnaliser un festival de cette envergure est une grande réussite du combat identitaire, même si beaucoup reste à faire en la matière. Ce festival qui regroupe tous les genres musicaux amazighs peut aussi constituer un ciment pour notre identité, notre culture et notre patrimoine ancestral. Il constitue aussi un moyen de faire connaître, de sauvegarder et de promouvoir notre riche patrimoine culturel immatériel.

Beaucoup de jeunes qui sont passés par votre formation, sont devenus des stars, est-ce que vous êtes satisfait de leur réussite à laquelle votre touche y est pour beaucoup?
Bien évidemment, c'est toujours un plaisir, un grand soulagement et un grand réconfort moral avant tout de voir ces jeunes réussir, mais aussi beaucoup de frustration quant aux autres qui ont fait preuve de beaucoup de talent mais pour des raisons diverses n'ont pas réussi. Le plus important c'est de voir ces jeunes arracher leur place sur l'échiquier de la musique et la chanson algériennes en général et kabyle en particulier.

Est-ce qu'ils restent toujours à l'écoute de vos conseils et orientations?
Certains restent humbles et reconnaissants et demeurent toujours à la recherche de la performance et de l'évolution, d'autres atteints par la folie des grandeurs se croient arrivés alors qu'ils ne sont qu'au seuil de la porte d'entrée du monde de la chanson.

Quelle appréciation faites-vous de la nouvelle génération en matière de chant et de musique?
Vous savez, les mentalités diffèrent d'une génération à une autre. Chacune son caractère. Y a du bon, du moins bon et du mauvais. Pourtant les moyens existent et sont largement à leur portée, mais il me semble que nos jeunes d'aujourd'hui sont pressés de devenir chanteurs et artistes, alors qu'on ne devient pas artiste parce qu'on veut l'être. Soit on l'est, soit on ne l'est pas. Il est vrai que la formation, la pratique et la recherche en la matière aident à persévérer, mais ce n'est pas que...

S'il y a des orientations et autres conseils à donner à ces jeunes chanteurs, qu'allez-vous leur dire?
C'est d'abord de prendre leur mal en patience. Il ne faut jamais se presser. Pour me citer en exemple, j'ai mis pour certaines de mes chansons 10 ans à 20 ans pour les terminer. Il faut qu'ils arrêtent l'imitation. Il ne peut pas y avoir deux Aït Menguellet, deux Cherif Kheddam, deux Nouara et autres Cherifa. Chacun son cachet. Nos jeunes chanteurs doivent penser à signer et à graver leurs style et genre comme l'ont fait ces artistes justement. Chacun doit avoir sa signature. On ne peut pas émerger et bien négocier sa place sur la scène artistique en allant sur les traces d'autres chanteurs. Sur un autre volet, on ne peut pas exceller dans ce domaine sans le travail continu et la recherche. Il faut un bon musicien, un bon parolier, un bon arrangeur et un éditeur de métier pour faire un album...alors, pourquoi essayer de faire tout cela seul...l'art, c'est d'abord l'esprit de partage....

Quel est votre mot de la fin pour clore notre entretien?
Je tiens à remercier le commissaire du festival de la chanson amazighe, en l'occurence M.Karim Arib, d'avoir pensé à moi pour cet hommage. Je souhaite à ce festival une longue vie pour ancrer l'identité amazighe à travers la musique et la chanson. Bon courage à nos jeunes chanteurs dans leur vie artistique et merci pour votre journal de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer...

Par : Boualem CHOUALI ( l'expression)

Tag(s) : #CULTURE