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Région natale d’El Anka, Fellag, Hilmi, Djaout, Iguerbouchène, Issiakhem, Lalmas, Allaoua… Azeffoun… arts et légendes

Rares sont les villages qui peuvent se targuer d’avoir une histoire aussi profonde que celle du village d’Azeffoun : il est le fief par excellence où l’art et la légende se mêlent pour susciter un sentiment d’envoûtement.

Situé en Kabylie maritime, ce village historique perché sur une colline à 465 m d’altitude, et qu’on nomme tantôt vieil-Azeffoun et tantôt village d’Azeffoun, est distant de 65 kms du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou, et de 85 kms de la wilaya de Béjaïa. Sa renommée dépasse les frontières de l’Algérie par ses sites archéologiques et ses vestiges. Par ailleurs, alors que ces atouts pouvaient constituer un apport considérable sur le plan économique et touristique, force est de constater qu’aucune fouille archéologique n’a été entreprise jusqu’au au jour d’aujourd’hui dans cette localité. Aucune protection du patrimoine archéologique, digne de ce nom, n’a été engagée par les pouvoirs publics pour la consolidation et la préservation de ces sites pittoresques. À chaque pas parcouru dans cette contrée, on est interpellé par ces pièces de cet inestimable trésor qui gisaient, à même le sol, au vu et au su de tout le monde. Le mot ‘’Azeffoun’’ est diversement défini. Parmi les hypothèses avancées, on citera les plus répandues. Selon quelques-uns, ‘’Azeffoun’’ viendrait du mot amazigh ‘’Uzzaf’’ qui désigne une colline de forme conique isolée, d’autant plus que la situation géographique de ce village plaide pour cette supposition. Pour d’autres, il signifie langouste ou une fleur en Chleuh. Et enfin, en targui, le mot ‘’Azeffoun’’ désigne le carrefour des grands vents.
C’est sur des ruines romaines que le village d’Azeffoun a été construit aux environs de 200 ans avant J-C. Et c’est sur cette cité antique «Rusazus (Grand cap)» que des thermes, des châteaux d’eau, de grands pans de murs d’un fortin et un arc de triomphe résistent encore à la rudesse de la nature et à la négligence de l’être humain, en attendant des jours meilleurs pour l’éclaircissement des zones d’ombres qui entourent ce patrimoine. Cette contrée a d’abord été occupée par des Phéniciens qui ont établi un comptoir appelé ‘’Ressirir’’. «Quand nous étions petits, nous échangeâmes des pièces de monnaies romaines contres des cigarettes. À l’époque, il y avait plein de touristes qui visitaient notre village», Nous dira M. Amar Arridj, ancien président de l’association ‘’Tigemi’’. Et d’ajouter : «à la création de notre association, c’est-à-dire au début des années 90, notre objectif principal était de préserver le patrimoine archéologique de la région en général, et celui de notre village en particulier. Un jour, en faisant des fouilles, nous tombâmes sur un lieu plein de grandes jarres : nous sommes rentrés à trois dans l’une d’elles. Et comme nous ne sommes pas des professionnels, nous avons dû alerter les services concernés. Mais, malheureusement, aucune suite n’a été donnée à notre doléance, ce qui nous a contraints d’abandonner nos fouilles et de laisser ces jarres sous terre». Au centre du village, on est tombé nez-à-nez avec trois (3) grandes niches romaines qu’on nomme ‘’Lghiran’’, sur lesquelles a été bâtie la mosquée ‘’Ldjamâa Lekbir’’, dont le minaret était une tour de garde à l’ère romaine. Ces cavités sont transformées, actuellement, en garages. C’est le seul endroit, peut-être, au monde, où un tracteur se paye le luxe de se garer à l’intérieur d’un site historique.

La ville d’Azeffoun, Port-Gueydon

La ville actuelle d’Azeffoun a été édifiée par les français aux environs de 1870. Jadis, elle portait le nom ‘’Port-Guedon’’, en hommage à l'amiral comte, Louis Henri de Gueydon- gouverneur général de l'Algérie qui l’avait bâti-. Parmi les colons qui y vivaient, on comptait 367 familles françaises, 24 juives, des Italiens, des Maltes… et 7 familles kabyles. Cette belle cité balnéaire, bâtie sur des ruines romaines, a vu naître des illustres personnalités qui ont marqué de leurs empreintes l’histoire artistique et culturelle, à l’image d’El Anka, Fellag, Hilmi, Djaout, Iguerbouchène, Issiakhem, Lalmas, Allaoua…etc. Tout de même, Azeffoun cultive un paradoxe : comment une ville dépourvue de structures culturelles, digne de ce nom, peut donner autant d’imminents artistes de cette ampleur universelle ? Pour M. Aridj, rien d’étonnant. Voyant…

La follie d’Azeffoun, c’est de l’art ailleurs.

En voulant avoir quelques éléments de réponse à cette problématique, nous nous sommes rapprochés de M. Amar Arridj qui donnait l’impression d’avoir percé ce secret : «pour moi, ce n’est guère un secret. D’ailleurs, tous ceux qui veulent devenir artistes, je les invite à venir à Azeffoun et on leur garantit un excellent avenir dans l’art, toutes disciplines confondues, et même en politique, pas de problème. Tous les Algériens qui veulent devenir des artistes de gros calibres, ils n’ont qu’à venir à Azeffoun, le 24 décembre de chaque année, pour passer ‘’Lyali’’ chez nous. Le 24 décembre, c’est le début de Lyali de 40 jours. Ces jours sont divisés en deux : les premières Lyali sont les blanches de la journée et les noirs de la nuit ; et les deuxièmes c’est l’inverse, les noirs de la journée et les blanches de la nuit. À cette période, on vit dans un brouillard total, c’est la cinquième dimension. On ne voit même pas à deux mètres. Alors, cohabiter avec ce contexte et ces conditions ne peut que te former à l’art sans passer par un conservatoire ou Alhan oua Chababe. D’ailleurs, nous sommes tous fous, mais la folie d’Azeffoun, c’est de l’art ailleurs». D’après notre interlocuteur, une légende dit qu’un bateau de Germains a fait naufrage au large d’Azeffoun et sans possibilité de repartir. Séduits et conquis par le charme de la région, ils s’installèrent, alors, sur la côte. C’est ce qui a donné le nom ‘’Ijjarminen’’ au village actuel, le toponyme est lié à l’histoire de ces Germains. Toujours dans ce chapitre ‘’histoire et légende’’, on raconte que les anciens habitants du village ‘’ Ath Wendellous’’, qui veut dire gens d’Andalousie, sont venus de l’Andalousie. Après la chute de cette dernière en 1492, ces familles chassées de l’Espagne ont trouvé refuge dans la localité d’Azeffoun.

Ville de légendes

L’armoise romaine est une plante qui fait, souvent, référence à l’invasion de ces derniers à telle enseigne que dans chaque contrée habitée, ces plantes surgissent en grande quantité. La présence de cette plante à proximité des ruines romaines n’est pas fortuite. Renseignements pris, il s’avère qu’en plus de ses vertus thérapeutiques, comme soigner des infections urinaires, problèmes d’épilepsie et farcir la dinde, les Romains l’utilisent dans la fabrication de leur vin d’absinthe et autre liqueur que l’on appelle ‘’Arquebuse’’. Dans le langage des fleurs, on souhaite une bonne santé en offrant de l’armoise. Elle est, aussi, symbole de fidélité et de constance amoureuse. On raconte que le Sultan de ce village n’avait qu’une seule fille. Arrivée à l’âge adulte, le mariage de la fille est conditionné par une exigence du père : que celui qui voudra l’épouser doit faire preuve d’une chose extraordinaire. Alors, un défi a été lancé par deux hommes du village. Le premier prétendant promet au Sultan de lui remonter de l’eau avec du roseau à partir de la mer, tandis que le deuxième lui propose de ramener ce liquide depuis Tamgout, c’est-à-dire à 45 kms de là. Les deux hommes engagèrent, alors, une lutte acharnée et sans merci dans leur travail. Voyant que sa promesse d’alimenter le village avec du roseau n’est qu’un leurre et une utopie, ce prétendant voulait, alors, faire dans la diversion et la ruse. Il a organisé une fête comme s’il avait atteint son objectif, et par ricochet, dissuadé son concurrent qui, effectivement, a fini par abandonner. Mais, la fin fut dramatique, la fille s’est suicidée…

Quelques personnalités
Littérature : Tahar Djaout, Bachir Hadj Ali, Med Aouine…
Musique : El Anka, El Ankis, Med Igherbouchène, Meziane Rachid, Med Allaoua, Boualem Chaker…
Cinéma et théâtre : Rouiched, les frères Hilmi, Fellag, Med Ifticène…
Sport : Lalmas, Younes Ifticène…
Peinture : M’hamed Issiakhem…
Révolution : Mourad Didouche, Yacef Saâdi, Ourida Meddad,..
Religion : Chikh Mohand Ouamer (Sadou)

H. Moula ( source la dépeche de kabylie)

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