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Idir : «Tout était exceptionnel chez lui»

Idir, l’autre icône de la chanson kabyle, a été l’un des premiers à avoir écouté les chansons de Matoub Lounès et à avoir cru en lui.

Il se rappelle de la première fois où un fougueux jeune homme fraîchement débarqué de Kabylie a déboulé chez lui pour lui faire écouter les premières chansons qu’il venait de composer. «Je me souviens comme si c’était hier de la première fois quand il est venu chez moi. Il était bouillonnant de partout», affirme Idir.

Dégainant son mandole, il lui interprète quelques compositions de son cru. Idir est tout de suite frappé par la voix exceptionnelle du jeune homme et par ce rythme tout aussi exceptionnel qu’il arrive à insuffler à ses chansons. Après l’avoir longuement écouté, il lance à cet artiste en herbe dans lequel il décelait déjà un talent fou et indompté : «Ton sens du rythme et ta voix sont ta carte de visite. C’est avec cela que tu vas surprendre ton public.» «Il avait une voix et un timbre exceptionnels, ce qui fait que quand il chante, il habitait la mélodie dans tous ses recoins. Je me rappelle m’être dit : ‘‘Celui-là, il ira loin, très loin. En matière de voix, il faut dire que Lounès était une Formule 1.

En soixante secondes, il avait déjà fait des kilomètres», ajoute Idir. Matoub sortira deux chansons : Ah ya thulawin et Ad’chnugh ifenanen, qui font exploser immédiatement le box-office. «Je n’étais pas trop convaincu par la deuxième chanson où il rendait hommage à ses chanteurs préférés, mais il ne voulait rien savoir et au final quand les chansons ont été éditées ce fut un tsunami. Je n’avais jamais vu un engouement pareil.

Avec deux chansons, il venait de créer un véritable tsunami», confie encore Idir. Le courant passe tellement bien entre les deux hommes qu’ils décident de faire un disque ensemble. «Nous avons ensuite fait un autre disque ensemble intitulé Ayizem. Malade, il est resté chez moi pendant neuf mois et malgré la maladie, il ne cessait de réclamer son mandole pour pouvoir composer et jouer. Je me rappelle qu’il avait un cahier noir dans lequel il consignait ses textes. Il écrivait la nuit, car c’est surtout la nuit que ses blessures intérieures se réveillaient», raconte Idir.

Rimbaud et Si Moh Ou Mhand

Pour Idir, Matoub Lounès était une sorte de Rimbaud et Si Moh Ou Mhand ou un mélange des deux à la fois. «Il y a cette histoire de bonheur derrière lequel il ne cessait de courir et son génie et qu’à partir d’un fait de rien du tout, il pouvait tirer un poème grandiose. Il était d’une sincérité absolue. Même au risque de choquer quelquefois ses amis. Lounes était un écorché vif, un révolté et tout ce qui sortait de lui était d’une sincérité absolue. La vérité est toujours présente chez lui.

C’était quelqu’un d’entier certes, mais de sincère. C’est vrai que tout artiste a envie de plaire. C’est humain, mais lui il disait ce qu’il avait à dire et c’est tout, quitte à déplaire», dit Idir. Dans la vie de tous les jours Lounès a laissé le souvenir d’un homme sensible et généreux. «Sa sensibilité faisait de lui quelqu’un d’une générosité exceptionnelle. Quand il voyait quelqu’un dans le besoin, il pouvait donner jusqu’à sa dernière chemise.

Lounès était un écorché vif. Sensible à la détresse des petites gens et du peuple.

Voilà le Lounès Matoub que j’ai connu, humain, altruiste, sincère, engagé dans ses combats d’idées et de principes, un peu loin, je dois l’avouer, de cette image caricaturale répandue aujourd’hui, de Rebelle armé en train de combattre ses ennemis. Il avait des combats à mener et il savait par où passer pour arriver au meilleur résultat», affirme encore Idir. Lounès Matoub s’est construit tout seul, estime celui qui a partagé un peu plus que la scène avec lui. «Matoub s’est fait tout seul. Son succès il ne doit rien à personne.

Il travaillait ses textes et les peaufinait de sorte à leur donner cette force qui les habite. Il avait un immense respect pour les textes qu’il faisait, quitte à te les faire lire une quinzaine de fois. Il se donnait à fond dans tout ce qu’il faisait. La passion, il l’avait au jour le jour. Dans tous les domaines.

Mais voilà, tout est exceptionnel chez lui. Il ne négociait pas, mais quand il était en compagnie des gens qu’il aimait, il était comme un enfant, vraiment heureux et ce bonheur se voyait sur lui. C’est le Matoub que je connais dont le chant et la poésie apportent du baume au cœur des gens», estime Idir.

Tag(s) : #CULTURE

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