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L’oralité dans le pourtour méditerranéen depuis ses origines

Les genres de l’oralité sont bien plus variés. Ils sont perpétués anonymement, mais derrière chaque production il y a sûrement un nom de celui qui en est l’auteur, oublié faute d’écriture. Les peuples méditerranéens, surtout ceux du Sud, sont restés sans écriture, au fil des siècles. Cependant, l’oralité ne s’est jamais tarie. On a assisté à une production diversifiée par la forme et le fond, surtout dans le domaine du merveilleux, du vécu, du surnaturel, sinon des genres cognitifs et éducatifs.

Les récits épiques de type poétique et le conte populaire ont été prolifiques tant les régions méditerranéennes ont été marquées par des évènements dramatiques : conflits, luttes intestines que des hommes et des femmes doués pour le récit ont reconstitués dans le genre oral. L’oralité en Méditerranée Chaque peuple a la sienne propre, ce qui explique la grande diversité dans chaque genre oral comme le conte, l’anecdote, la poésie épique. L’oralité remonte a des millénaires. Socrate lui-même était d’expression orale, il ne savait pas écrire et toute sa production a été récupérée par l’écriture des autres. Les récits épiques de type poétique et le conte populaire ont été prolifiques tant les régions méditerranéennes ont été marquées par des évènements dramatiques que des hommes et des femmes particulièrement doués pour l’oralité reconstituent à la demande d’un public intéressé. Et concernant la Grèce, la tragédie très courante parce que profondément enracinée dans l’imaginaire populaire, viendrait du dythirambe dont l’origine est une danse rituelle liée à des rites funéraires ou encore à des rites archaïques. C’est pour cette raison que Aristote considère la tragédie comme une purge des passions ou Catharsis. La comédie est également née des rites anciens célébrés par les paysans à la fin des récoltes au cours de laquelle on se livre à des plaisanteries et des anecdotes extravagantes qui font rire aux larmes. Tout ça pour permettre la détente, après une période de travail acharnée. Il en est de même du côté des Romains chez qui la poésie latine a pris une expansion considérable grâce à la participation des chanteurs, interprètes de chansons et joueurs d’instruments divers. Ils perpétuent la tradition orale de la poésie composée pour la chanson accompagnée de musique. Cette poésie peut être aussi déclamée, psalmodiée ou récitée en public. Les chansons de geste que ce soit en Italie ou en Algérie du nord, introduisent la récitation lorsque celle-ci porte sur la période, ou des faits de guerre ou des héros nationaux. Telles ont été les chansons de gestes des Beni Hillal. En Italie Les Gesta Frederici chantent les actions et les faits d’arme de l’empereur dans la campagne d’Italie entre 1152 et 1162. Mais la meilleure chanson de geste en Italie est la Cantiléna Rolandi ou chanson de Roland. Dans l’Europe méridionale, elle et devenue populaire au point d’être chantée ou déclamée après une bataille. En France, cette chanson de Rolland est la plus célèbre, mais elle semble être antérieure à la précédente. Sa forme textuelle est transformée pour être adaptée au Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem, El Qods en arabe. Cette forme de chanson s’inscrit dans la lignée de la poésie épique qui se renouvelle sans cesse dans l’oralité ou le folklore en se ressourçant par les faits d’arme, comme les croisades. Et du côté des musulmans, les croisades ont été marquées par la signature du fameux accord entre Salah Eddine el Ayyoubi et le roi d’Angleterre, reconnaissant l’indépendance de la Palestine vers 1197. C’est dans cette période qu’apparaissent les lais ou récits poétiques qui se regroupent en cycles narratifs de thèmes majeurs, en Bretagne et au pays de Gales où se sont élaborés des récits chevaleresques, la légende de Tristan, celle du roi Arthur, aux environs de 1170. Toujours en France, ont vu le jour «Le Roman de Renard» et «Les Fabliaux», sous forme de récits versifiés. Il faut évoquer les « fables d’Esope», d’origine éthiopienne, et de Phèdre. Toujours dans l’antiquité, on évoque Remus et Romulus allaites par une louve et fondateur de la légende de Rome. En fouinant dans l’Andalousie on a découvert un autre genre poétique, méconnu pour des raisons qu’on ignore. C’est le Muwashaha ou moaxaja, poème chanté en castillan avec des vers en arabe local. C’est aussi le cas du théâtre d’ombre avec le personnage Karagüz, de tradition populaire turque qui présente un autre personnage très connu, de traditions arabo-musulmanes d’Orient et d’Occident. Le conte populaire, la légende, l’anecdote, le proverbe, le mythe On appelle conte populaire pour le distinguer du conte d’auteur. Parmi les écrivains qui ont élaboré des contes, on a Saint Exupéry pour le Petit Prince, Voltaire en a écrit beaucoup : Micromégas, Candide, Zadig, et la liste est longue. On peut citer Mohamed Dib, Mouloud Mammeri qui ont peut être donné une forme écrite à des contes d’origine orale. La particularité des contes populaires est d’avoir le même nombre de fonctions : 31, et de personnages : 7, selon Pvopp, anthropologue ou linguiste russe. Ainsi pour les fonctions il y a : l’interdiction, la transgression et à la 31ème, la réparation. On interdit au héros de partir, mais il part, c’est-à-dire qu’il transgresse l’interdiction donnée, il se fait agresser (c’est la fonction : agression). Ce qui n’existe pas dans le conte d’auteur. A la fin, il est délivré, c’est la réparation. La légende est un récit, d’origine populaire, en lien avec le vécu. Elle est à caractère éducatif. Nos sages d’antan étaient férus de légendes qui leur servent à l’occasion de montrer à quelqu’un ce qu’il doit fait et ce qu’il ne doit pas faire dans une situation donnée. Par exemple, un père se trouve face à un dilemme : vendre sa maison ou son champ, pour répondre à une hypothèque. Il consulte son petit enfant, en lui faisant passer la journée dan ce champ, lui cueillant des fleur par là, des fruits par ici. L’enfant était heureux, mais le soir, il dit à son père : rentrons vite à la maison. Il n’en fallait pas plus pour comprendre que c’est le champ qui est à donner à son créantier. Il existe dans chaque pays des légendes anciennes, plus au moins belles et de longueurs différentes qu’il serait bon de connaître pour ce qu’elles représentent de valeurs. Quant au mythe, il est difficile à définir tant il est complexe. Le dictionnaire dit que c’est un récit populaire ou littéraire mettant en scène des êtres surhumains et des actions imaginaires dans lesquels sont transposés des évènements historiques, réels ou souhaités et dans lesquels se projettent certains complexes. C’est une définition vague, qui n’explique pas clairement ce qui est un mythe. Il faut se laisser guider par sa logique pour dire que Djeha est un mythe, que Socrate est un mythe. En parlant de Djeha, Socrate, Djaout comme des auteurs mythiques, cela veut dire qu’ils sont hors du commun. On peut donc défini les récits classés dans la catégorie des mythes, comme des récits sortant de l’ordinaire par l’action qui s’y joue, le dénouement, les personnages singuliers. Le proverbe entre dans la catégorie «poésie», par sa structure symétrique, sa rime et son rythme. Il n’est pas donné à tout le monde d’en faire, tant il faut être maître de la langue et de la sagesse populaire. L’anecdote est une histoire qui relate un fait quotidien sur un ton humoristique ou de la dérision qui mette en relief la singularité de l’histoire.

Boumediene Abed (source Nouvelle république)

Tag(s) : #CULTURE

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