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L’humour, l’amour et la mort

Un peu d’hérédité et beaucoup de passion. Il écrit des poèmes, des textes, des nouvelles, puis un roman. Il compose de la musique et chante. Il veut dessiner et même avoir une nouvelle aventure dans le court métrage. Lui, c’est TAM : Tarik Aït Menguellet. Pas d’amalgame, il ne chante pas du gnaoui, même s’il a une chanson de ce genre dans son premier album, mais il préfère se présenter avec ces initiales pour s’identifier, s’imposer et surtout pour qu’on l’aime pour son art et pas pour son nom.

En plus, c’est tout simplement beau. Car porter ce nom est une arme à double tranchant : «soit on mécoute parce que je porte ce nom, soit on m’ignore parce qu’on n’aime déjà pas la musique de mon père.» Les fans du père, Lounis, ont rarement vu le fils Tarik sur scène pour l’accompagner, comme le fait son frère aîné Djaafar.  «Je l’ai accompagné pendant quelques galas avec l’harmonica», dira-t-il. Un choix. Pourtant, TAM maîtrise également la guitare, mais il veut avoir sa propre voix, même si la sienne est identique à celle de son père. Il ne peut pas y échapper. Un atout pour lui, mais pas toujours. «Je ne fais pas exprès.

Au final, je pense que c’est un atout pour moi dans la mesure où il y a une voix qui s’est imposée au fil des années. Donc, ma voix est d’office acceptée.» Et d’ajouter : «C’est moi qui écris les textes, même si certains ne veulent pas le croire. Mais ça serait plutôt positif car cela signifierait qu’il s’agit alors de bons textes.» Même s’il n’y a pas une influence directe, il y a quand même une ressemblance claire et visible entre l’écriture de Tarik et celle de son père.

Un fait normal puisqu’il a grandi comme toute une génération avec la poésie Aït Menguellet. «J’écoute de la musique arabe, kabyle ou française, c’est particulièrement le poème qui m’attire dans toute chanson. A part mon père, ce sont surtout les textes de Slimene Azem qui m’ont bercé. C’est donc tout à fait normal de retrouver certaines influences. Les habitués de la littérature peuvent détecter d’ailleurs les écrivains par qui je suis influencé.»

Positif

Pour son roman, en revanche, il est difficile de détecter le style. L’auteur est amoureux d’une littérature diversifiée. Il vient de dédicacer son premier roman, Le Petit Prodige, paru aux éditions Passerelles, à Oran. Un mélange entre magie, spiritualité, actualités, dons et capacités surnaturelles.

Le style est simple avec des relents de polar ; ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est très bien structuré. Une histoire un peu étrange où l’auteur invite le lecteur à découvrir l’histoire de Aïssa. Mais c’est surtout un guérisseur que TAM évoque dans son roman de 240 pages. A cheval entre la musique et l’écriture, Tam est à l’aise. Choisir entre l’écriture et la chanson ? Une autre question à laquelle il répond difficilement. «Je n’ai jamais pensé à faire un choix, car les deux émanent de l’écriture.

Le choix est difficile pour moi, puisque là nous sommes devant le fait de choisir entre le français et le kabyle, alors que je tiens aux deux.» Si choix il y a, c’est entre l’agréable et l’inimitié. La chanson et le livre. Espérons que je n’aurai jamais à faire ce choix…» «Je compose à l’oreille, mais c’est moins contraignant. Quand on étudie la musique, on est appelé à rester dans un moule, alors que moi je suis plutôt du genre sauvage.» Donc sauvagement, librement mais surtout agréablement. Les arrangeurs ont d’ailleurs du mal à arranger sa musique.

Un mélange de plusieurs styles, mais ça se fait naturellement. En fait, de quel style se revendique TAM ? Assez moderne, avec une mélodie universelle. Mais des paroles tantôt empruntées à la culture kabyle et algérienne tantôt à la musique contemporaine. Il nous invite au voyage dans l’une de ses chansons Ad zuregh, (Je voyage).

Il y chante les peuples dans toute leur diversité et leur richesse avec humour, mais aussi avec beaucoup de sérieux… Il ne s’inspire pas de ses idoles, Dahmane El Harachi ou Farid El Atrach, mais à l’écouter, on comprend bien que TAM, comme d’ailleurs Dahmane, accorde une attention particulière aux paroles et à la vie. A 40 ans aujourd’hui, il est plus que jamais tenté par tout ce qui est artistique. Il dit être plus disponible pour s’investir de plus en plus dans sa passion. Il veut même créer des bandes dessinées. «J’ai tout essayé pour dessiner et faire de la bande dessinée aussi, mais je n’ai pas pu.»

Rêve

TAM, qui a commencé à jouer de la guitare à 13 ans et qui a encore des textes aujourd’hui dans les tiroirs, est «fier» de ses créations, ses idées, à l’image de son livre. «Je suis assez encouragé pour en faire un autre. J’ai déjà commencé un deuxième.» Les réactions de son public, il les reçoit en temps réel grâce à sa présence sur les réseaux sociaux, une plateforme à travers laquelle il veut fidéliser ses fans. Tam accepte les critiques. Il anime aussi un blog depuis des années. «J’adore écrire», dira-t-il encore. D’ailleurs, il en a fait son métier puisqu’il est dans la communication et l’infographie… L’art et la création au quotidien.

Un rêve ? Tam Yefra-tt d rray-is. D’autres albums et livres en perspective. En cours depuis quelque temps déjà l’écriture d’un nouveau roman. Beaucoup plus inspiré par la violence dans le monde… mais pas un mot sur la politique ; en revanche, un souci de l’humanitaire. Fidèle à son style, il construira une histoire autour de cette question. Tout vient naturellement chez lui, aussi bien la musique que l’écriture.

D’ailleurs, s’il n’écrivait pas ses textes lui-même, il n’aurait pas fait d’album. «D’ici l’année prochaine, je pense pouvoir faire un court métrage.» En 2017, il commencera par de courtes participations aux galas. Il y a aussi d’autres chansons qui sont prêtes. Transmettre sa passion artistique à ses enfants, TAM n’en fait pas un objectif. Mais comme pour lui, il aura du mal à les tenir loin de cet héritage. Son fils est déjà présent l’une des chansons figurant sur son album, Nigh-as.

Nassima Oulebsir  (source El watan)
Tag(s) : #CULTURE

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