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 II nous a quittés il y a 34 ans Slimane Azem : le belligérant de la dictature

Dans une thématique tant évocatrice qu’expressive, Slimane Azem, avec plus d’une centaine de mélodies, d’une diversité existentielle incontestable, a chanté l’identité, la patrie, l’exil et les valeurs sociales.

Symbole de l’endurance contre l’expansionnisme français et la dictature interne, Slimane Azem, 34 ans après sa mort, reste l’un des chanteurs algériens les plus populaires. Plus de trois décennies sont déjà passées, depuis qu’il quittait cette vie fugitive pour rejoindre l’Éternel, à l’âge de 65 ans. Le sigisbée infini de l’esprit, qui ne trouvait jamais son élixir en face, mais au fond de ses entrailles, avait rendu l’âme un certain samedi, le 28 janvier 1983, en France. Aujourd’hui, loin d’une apologie funèbre, c’est plutôt un témoignage discret conjugué à un ardent souvenir que nous apportons sur ce grand personnage remarquablement fier de sa pertinence, habillé de sagesse et ouvert au progrès planétaire. Algérien jusqu’à l’extravagance, il avait le réflexe de faire sortir de leurs gonds les marauds de tout bois et les faquins de tous bords en utilisant son arme infaillible qui consistait en une sagesse émaillée généralement d’un rire feint, raffiné et théâtralement intelligent. Issu du village Agouni-Gueghrane, sur les piémonts du Djurdjura, où il naquit le 19 septembre 1918 dans une famille modeste,  Slimane Azem coudoya très jeune les frissons de l’exil et la nostalgie de sa Kabylie natale en atterrissant en France en 1937, après qu’il eut à quitter très tôt les bancs de l’école pour commencer à travailler, à l’âge de 12 ans, dans une ferme appartenant à un colon, pour subvenir aux besoins de sa famille.
Faisant face à un monde qui se montrera bien souvent très tenace et cruel envers lui, sa jeunesse s’est effritée dans un exil prématuré. Il sera alors recruté dans une aciérie de Longwy où il a travaillé durant deux ans, avant d’être mobilisé à Issoudun, une commune située dans le département de l’Indre, au centre de la France. À sa réforme, en 1940, il rejoindra le métro, qu’il évoquera plus tard dans ses lamentations sur l’exclusion, avant de se voir réquisitionné pour le Service du travail obligatoire (STO) où il a côtoyé les quartiers de travail de la Rhénanie, une région de l’ouest de l’Allemagne qui doit son nom au Rhin qui la traverse, de 1942 à 1945.
De retour à Paris, il tient un café dans le 15e arrondissement. Alors qu’il se produisait pour la première fois, en compagnie d’un orchestre amateur, il fut découvert par Mohamed El Kamal, célèbre chanteur et spécialiste du jazz, qui l’a encouragé à puiser dans son propre répertoire tout en l’invitant à prendre part à son groupe qui se trouvait en tournée. En 1951, Da Slimane signe l’enregistrement de sa première chanson A Moh A Moh, dédiée au poète kabyle Si Moh Ou Mhand. Et c’est ainsi que Madame Sauviat, seule disquaire spécialisée de l’époque, le présente à Ahmed Hachlaf qui était directeur artistique du répertoire arabe auprès de l’édition Pathé-Marconi.

L’exil : source d’inspiration pour Slimane Azem
Dans une thématique tant évocatrice qu’expressive, Slimane Azem, avec plus d’une centaine de mélodies, d’une diversité existentielle incontestable, a chanté, par la suite, l’identité, la patrie, l’exil, les valeurs sociales et ce sort qui s’est longuement acharné sur sa personne à tel point qu’il était interdit d’antenne en Algérie, cette terre qui l’a vu naître et qu’il ne pouvait revoir même à titre posthume. Dans un élan philosophique, Da Slimane s’interrogeait perpétuellement sur le sens de la vie, sur les tourments de l’humanité mais aussi sur les pressentiments spirituels, sur le respect mutuel, la reconnaissance de l’autre et sur divers sujets consubstantiels à la vie politique. Un almanach qui incarne, par narration, celui du célèbre poète Si Moh ou Mhand dont la fameuse ritournelle marqua la poésie kabyle du XIXe siècle. Un répertoire qui évoque aussi  l’image de la société qu’il interprétait : celle caractérisée par une dislocation sociale illustrée par des bouleversements véhiculés par l’incurie humaine et le musellement des valeurs identitaires et culturelles. Cependant, si l’exil a, certes, fait souffrir Slimane Azem qui avait vécu dans l’éloignement de sa Kabylie natale tel un cauchemar et une expérience chimérique, cette situation difficile lui a tout de même inspiré les plus beaux hymnes à la patrie et des vers inégalés sur la claustration de l’émigré et les déboires auxquels il est contraint. De son exil oscillant, néanmoins concepteur d'une moralité berceuse à nulle autre pareille, Slimane Azem s'est éteint dans sa longévité créatrice d'autres âges en perpétuelle quête d'une terre intérieure jamais fixée dans sa fécondité mélodique. Ce drame personnel marque son répertoire musical qui s’articule autour de plusieurs thèmes : l’exil bien évidemment A rebbi Kec D Amaiwen (Les oiseaux migrateurs), mais également la bonne morale Berka yi tissith n chral (Que je cesse de boire du vin), la tradition ou la nostalgie Algérie mon beau pays…. Dans la foulée, soulignons que Slimane Azem est à l’origine de nombreux sketchs comiques avec son comparse cheikh Nordine comme dans Madame encore à boire ! chanté en français et en kabyle. Tout comme cheikh El Hesnaoui, il est considéré comme le père de la chanson kabyle de l’exil. D’ailleurs, le premier disque d’or qui lui a été discerné en 1971, en sa qualité de chanteur algérien, en compagnie de Noura, est témoin de cette carrière combien glorieuse. Au cours des années soixante-dix, il s’installe à Moissac (France), une ville qui lui rappelait sa Kabylie natale et son village Agouni Gueghrane, où il avait le loisir de cultiver et d’entretenir ses figuiers. Nonobstant la fixité mélodique est, paradoxalement, le fruit de cette errance harmonieuse qui remplit l'âme meurtrie de son village Agouni Gueghrane qui n’a même pas eu la chance d’accueillir sa dépouille puisque, comble de l’incurie, sa tombe se trouve au cimetière de Moissac (Tarn et Garonne), en France. “On peut retirer ses terres à un homme, mais on ne peut retirer la terre du cœur d'un homme!”, “À vous les jeunes de mon pays, donnez-moi votre parole d'honneur de continuer ce chemin que j’ai entrepris, bien qu’il soit sinueux, pour me remémorer comme si j'existais toujours”, telles sont les dernières expressions de Da Slimane, adressées, juste avant sa mort, aux jeunes de sa Kabylie natale. Par ailleurs, en guise de pensée à sa mémoire, retenons ce refrain significatif de la vie de Slimane Azem et de la forte nostalgie qu’il éprouvait pour sa patrie l’Algérie :

  • L'Algérie, mon beau pays
  • Je t'aimerais jusqu’à la mort
  • Loin de toi, moi je vieillis
  • Rien n’empêche que je t'adore
  • Avec tes sites ensoleillés
  • Tes montagnes et tes décors
  • Jamais je ne t'oublierais
  • Quel que soit mon triste sort.

R. SALEM ( source  liberté)

Tag(s) : #CULTURE

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