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Abdelhak Bérerhi. Ancien ministre et auteur.

Abdelhak Bérerhi. Ancien ministre et auteur.

 

Abdelhak  Bérerhi, l’ancien ministre, docteur en médecine, professeur en histologie-embryologie, ancien recteur de l’université de Constantine et ambassadeur, est un homme épris de liberté et de combat pour la démocratie. Entre  deux séances de chimiothérapie, il a trouvé le temps d’écrire les tomes I et  II de son livre Itinéraires, de l’université à la politique. Une belle leçon de courage que Bérerhi nous dispense. Et cela force le respect.

- Comment a germé l’idée du projet d’écriture de l’ouvrage Itinéraires ?

Le projet d’écriture s’est concrétisé quand je suis tombé malade, après  l’avoir reporté à maintes reprises.  Mais quand j’ai su que j’avais un  adénocarcinome du pancréas (une tumeur maligne), je me suis dit : «Est-ce que j’aurai le temps de laisser une trace ?» C’était une course contre la montre.

Je me réveillais à 3h ou 4h du matin. D’ailleurs, j’appelais cet instant. La remontée de la mémoire. Je n’avais jamais pris de notes. Je n’avais jamais pris de journal. Encore moins de verbatim. J’écrivais. J’ai toujours foncé (dans la vie). Et là, j’ai éprouvé le besoin de traduire ces itinéraires, ces parcours.
 
C’est un devoir de mémoire que je dois à la société. Et à tous ceux qui ont travaillé avec moi. Ce n’était pas mon itinéraire à moi, mais celui des gens que je décrivais et qui m’ont accompagné dans mon parcours. Donc, leurs itinéraires aussi. Souvent, certains m’appellent pour me dire qu’ils se reconnaissent à travers ces itinéraires. C’est pour cela que j’ai préféré titrer : Itinéraires.  Par rapport à «mémoires» qui est un titre figé…
 
- D’où le pluriel «Itinéraires»…

Oui. «Itinéraires». Et souvent, on m’appelle. Des gens qui ont lu cet ouvrage ou que je rencontre me disent qu’ils s’y reconnaissent. C’est leurs itinéraires. C’est pour cela que j’ai préféré le terme «Itinéraires» à mémoire, qui est un «un peu mort». Et là, l’itinéraire va se poursuivre. Qu’il s’agisse de l’université, du développement des ressources humaines ou du combat démocratique…Il y aura toujours des gens qui ont déjà  participé à ces itinéraires. Et qui vont continuer quoi qu’il arrive.

- Malgré la maladie, vous avez continué à écrire. Une leçon de courage…

J’ai travaillé pendant dix-huit mois. J’étais sous chimiothérapie. Je le suis toujours. J’ai refusé de bénéficier  d’un traitement de faveur, une chambre personnelle pour recevoir les soins de chimiothérapie. J’ai voulu être parmi le peuple. Là, je suis ce traitement dans salle collective avec des femmes. Et il faut voir ce que je reçois comme appels ! Nous nous soutenons…Donc, pendant dix-huit mois, j’ai pratiquement  travaillé jour et nuit.

- Comment écrivez-vous ?  A l’aide d’un laptop... ?

Non ! A la main. J’écris tout à la main. Quand je me réveille à 3h du matin, je prends des notes rapidement sur un carnet. Et puis mon fils ou un neuveu ou une nièce faisaient la saisie de mes notes. Au fur et à mesure, à chaque tirage,  je corrigeais. J’ai écrit avec passion tout cela. Et en même temps, avec beaucoup d’humilité. En me rendant compte, c’était un devoir de le faire.

- Quelle est la période ou la phase de votre vie dont vous êtes le plus fier ?

Moi, je me dis d’abord c’est le fait d’avoir très tôt eu des référents très importants. C’est cela qui a forgé ma personnalité. Qui a fait que je sois «Abdelhak». C’était mon père qui était l’élément-clé. C’est lui qui m’a appris la notion, la valeur de la tolérance, de la modernité… C’était un imam. On l’appelait «l’imam des jeunes». Donc, c’est lui qui m’a inculqué toutes ces valeurs.

Il m’a appris même la séparation du «temporel» et du «spirituel» dans le respect mutuel. C’est lui cela. Il m’a dit que la politique n’avait rien à voir avec la religion. Et la religion n’a pas à se polluer dans la politique, carrément. Et quand je l’ai qualifié de «laïque», il a éclaté de rire en guise de réponse.

- Il incarnait le vrai islam avec des valeurs universelles…

Oui. Le véritable islam. Et puis, il y a eu mon professeur de philosophie, qui a été déterminant dans mon schéma de pensée. Même au niveau de mon orientation au sens médical. Il y eut aussi mon maître d’histologie, Slimane Taleb, qui m’a initié à la formation et à la recherche. Et bien entendu, Mohamed Seddik Benyahia, qui était devenu un ami. J’étais parmi ceux qui ont activé la réforme de l’enseignement supérieur qu’il avait engagée alors. Puis après, il y eut Yahiaoui, avec qui j’ai fait mon introduction, malgré moi, en politique.

- Vous n’aviez pas cette ambition…

Je n’ai jamais cherché à faire de la politique. Jamais ! Moi, j’étais un chercheur. J’avais la passion de la recherche. Je travaillais dans des domaines très pointus. On m’avait même sollicité au Canada. Mais j’ai refusé. C’était en 1970, lors d’un congrès mondial…Quand j’ai passé mon agrégation, j’avais 29 ans…J’étais le plus jeune. Et les étudiants me l’ont bien rendu. Ils étaient tous venus à l’amphithéâtre, pour la leçon magistrale. Et ils m’ont offert une longue standing ovation.

C’était incroyable. Le grand maître, Herlant, du jury international, m’avait alors dit cela : «Votre jury, ce n’était pas nous mais vos étudiants. Quand on a vu l’accueil qu’ils vous ont réservé.» Donc, comme cela, je suis arrivé en politique. Avec Benyahia, nous avions lancé la réforme de l’enseignement supérieur, j’ai été recteur, ensuite directeur de l’Institut de biologie…On avait initié à l’époque le Curer (Centre universitaire de recherche, d’études et de réalisation). Un centre de recherche remarquable. Parce qu’on parlait de transition énergétique.

- Déjà en avance sur votre temps. Nous sommes dans les années 1970…

On avait lancé la première maison chauffée à l’énergie scolaire. Oui, on  parlait déjà de transition énergétique. Et d’alternative. C’était en 1974. Oui,  la première maison et le premier chevreau solaires. Et j’avais été à la station thermale de Hammam Meskhoutine avec des ingénieurs, pour voir si l’on pouvait chauffer la ville avec la géothermie. A l’époque, on nous prenait pour des «cinglés». Il n’y avait que quelques uns qui trouvaient que nous étions des visionnaires. On avait lancé l’apiculture. Vingt et une unités apicoles. On produisait jusqu’à quatre tonnes de miel expérimental, toutes variétés confondues…

Les premiers barrages collinaires, c’est nous. A Djbel El Ouahch, à Constantine -avec un projet d’élevage de 10 000 vaches laitières- et à Sétif.  Donc, la recherche liée à la formation et intégrée au développement. C’était notre credo. Et là, il fallait algérianiser. Alors on a lancé une coopération  exemplaire avec des accords inter-universitaires français(Grenoble), roumains, les Soviétiques, les Polonais…

A Constantine on avait une activité extraordinaire. Les directeurs, les cadres, étaient tous des réservistes du service national. Quand le regretté président de la République, Houari Boumédiène, était venu avec le président français de l’époque, Valéry Giscard  d’Estaing, un visite exceptionnelle, j’avais dit : «Yahia(vive) Boumédiène !». Tout ce que j’ai fait, c’était grâce à la communauté universitaire et à son engagement.

Les étudiants, les enseignants, les cadres, les travailleurs… Sans eux, je n’aurais rien fait. Les étudiants étaient engagés pour la gratuité des soins, la Charte nationale…Ils avaient passé trois jours et trois nuits à débattre de l’avant-projet. Ils avaient pris le train de nuit et ils avaient eux-mêmes remis le document à Smaïl Hamdani, à la Présidence. Donc, ils y croyaient.  C’est grâce à cela que j’ai pu travailler et avoir un soutien extraordinaire.

- Si c’était à refaire…

Beaucoup d’amis m’ont reproché cela. Je leur ai répondu que si c’était à refaire je le referai.

- Ne pas faire  de la «politique politicienne»…

J’ai été toujours branché avec l’université. Parce que je suis devenu ministre de l’Enseignement supérieur. Je le répète. Aucune ambition. Jamais. D’ailleurs, je l’ai fait savoir à qui de droit. J’ai failli démissionner à trois reprises. Parce qu’il y avait des blocages à un certain niveau. Et il a fallu l’intervention du regretté Beloucif  pour me faire rétracter. «Tu es fou de démissionner, le pays a besoin de toi. Tu ne peux pas le faire». Donc, moi, j’étais un homme libre. Je n’ai jamais travaillé pour un système. Ni pour un pouvoir ni pour un responsable.

- Avec quel président avez-vous eu des atomes crochus ?

Avec le président Boumediène. Je me souviens à la fin de la visite du président français, Valéry Giscard d’Estaing. Lequel m’avait dit : «Vos étudiants doivent manger à la carte, ici.» Ma réponse fut : «Non, Monsieur le Président. Cette université construite, fait déjà partie du premier jalon de la future carte universitaire.» J’y pensais déjà avant d’être ministre.

C’est au ministère que j’ai lancé la carte universitaire aux horizons 2000. Alors, Boumediène a allumé son cigare avec beaucoup de plaisir (fierté) en me regardant avec un sourire. Quand il a raccompagné le président Valéry Giscard d’Estaing, il est descendu de la voiture présidentielle, la DS 21, il est revenu vers moi pour me dire : «Continuez à travailler, Bérerhi, je sais qu’il y a des obstacles.

On se reverra.». Et on ne s’est plus revus. Donc, je n’ai jamais cherché à devenir un homme politique. La preuve, quand j’ai quitté l’enseignement supérieur, j’ai été à la jeunesse et aux sports, une année. Et quand il y eut Octobre 1988, dont les prémices étaient à Constantine, je l’avais fait savoir (en 1987) au président Chadli, qui était un homme très respectable. Je lui ai dit que ce qui s’est passé à Constantine, n’est pas le fait de «voyous», mais de citoyens qui sont contre le pouvoir et le système. Et on a eu le 5 Octobre 1988.

- Après vous avez été ambassadeur…

J’ai été ambassadeur. J’ai fait l’Asie du Sud-Est. En Indonésie, Malaisie, Singapour, Australie et Nouvelle- Zélande. Où j’ai appris beaucoup de choses. J’ai appris ce qu’était la diplomatie. Un domaine passionnant. Et quand je suis rentré en Algérie, je suis resté cinq ans «au  placard».

- Pourquoi ?

On ne m’a rien proposé. Hormis deux possibilités que j’ai refusées poliment. Cela ne m’intéressait pas. Et quand Si Lamine Zeroual est arrivé, il m’a appelé au téléphone et m’a invité à le rencontrer. On a discuté près de 45 mn. Il voulait lancer le Conseil de la nation. Et à la fin, il m’a dit : «Si Abdelhak, c’est pour défendre tes idées, pas les miennes.»

Là, j’adhère. Je n’y vais pas pour uniquement lever la main. Mais quand j’ai vu arriver les quatre premiers morts du Printemps berbère des Arouch qu’on a toujours défendus, les quatre, avant les 127 morts, j’ai  démissionné. en 2001. J’avais demandé une commission d’enquête. Je me suis engagé dans le combat démocratique au sein  d’une  association de la société civile, le CCDR.

- Que prévoyez-vous dans le Tome II  de Itinéraires ?

Je parle du combat démocratique. Des institutions au niveau du Conseil de la nation. Et puis du côté des citoyens de la défense de la République. Le CCDR pour les libertés, les élections présidentielles…C’est un devoir ! 
K. Smail ( Source El-watan)
 
Tag(s) : #CULTURE

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