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Dans le sillage du Congrès de la Soummam : l’opération «Oiseau Bleu» !

On procédait, bien sûr, au recrutement des jeunes militants parmi les plus sûrs, les plus braves et qui piaffaient d’impatience de rejoindre le maquis qui ne pouvait les accueillir, faute de moyens et surtout d’armement à leur prodiguer.
La dernière condition fixée à Zaïdat Ahmed et par laquelle il devait conditionner son association au complot était réellement pertinente et laisse entrevoir clairement que les responsables du FLN manœuvraient en vue de rester maîtres du jeu, d’une part, et d’entourer le déroulement de l’opération d’une précaution extrême en vue d’assurer :

- le secret le plus absolu dont dépendait le succès au profit du FLN ;
- la protection, autant que faire se peut, des militants qui allaient être engagés dans le complot, notamment les responsables parmi eux qui étaient conscients, dès le départ, qu’ils devaient jouer au jeu double au profit de la Révolution.
En militant dévoué et engagé, Zaïdat Ahmed accepta la mission à hauts risques qu’on venait de lui confier et se résolut à reprendre langue avec ses interlocuteurs.

Les deux parties reprirent donc leurs tractations pour arrêter la démarche à suivre après qu’elles se soient mises d’accord sur les conditions préalables posées par chacune d’entre elles et qui leur sont fixées par leurs hiérarchies respectives (nous connaissons les conditions fixées par le FLN et dont a été instruit Zaïdat Ahmed).
Les candidats au recrutement recensés par les responsables qui agissaient pour le compte du FLN étaient «proposés» dans des listes qui atterrissaient, selon le schéma indiqué, chez les services du Gouvernement général. Les services de sécurité concernés (DST – RG – Gendarmerie) devaient certainement être mis à contribution pour effectuer des enquêtes, même sommaires, sur les jeunes indigènes qui figuraient dans les listes qui étaient confectionnées par groupes de 15 à 20 éléments.

A l’issue des enquêtes concernant chaque liste, cette dernière était remise au commandement de l’armée française basé à Tizi Ouzou qui se chargeait de la livraison des armes, des munitions et des uniformes.
Dans le camp du FLN, l’information concernant les recrutements ainsi que la mise à disposition des armes et des munitions était communiquée selon le même rythme, via Yazourène, pour parvenir aux dirigeants de la Révolution, Krim Belkacem, Mohammedi Saïd…     Passée une courte période d’essai qui fut concluante, on arriva à recruter massivement, les recrutements étant effectués dans les zones préalablement délimitées et selon la consigne stricte ordonnée à Yazourène : ne recruter dans l’organisation que les militants les plus dévoués, les plus intelligents, capables de supporter les risques d’une telle aventure avec patriotisme et clairvoyance et doués d’une force de caractère suffisante pour parvenir à garder le secret.

Les témoignages sur le nombre des recrues divergent assez, mais se recoupent tout de même autour d’un nombre variant entre 1000 et 1200 hommes armés ainsi que la récupération de plus d’un millier d’armes de guerre : garand américains, mitraillettes MAT 49 et fusils mitrailleurs. (Hamou Amirouche indique que près de 1500 moussebiline, djounoud, agents de liaison furent équipés d’armes modernes, dans son ouvrage qu’il a intitulé Akfadou - Un an avec le Colonel Amirouche.
Les responsables chargés du recrutement percevaient les primes destinées aux «éléments de la Force K», soit 30 000 anciens francs par recrue et qui étaient répartis comme suit :
- la somme de 6000 AF était remise à la recrue ;
- le reste, soit 24 000 AF, était versé dans la caisse du FLN.

Selon les diverses indications que nous avons pu recueillir sur le cheminement des flux de ce «financement» qui atterrissaient, en fin de parcours, dans les caisses du FLN, il a été établi que trois responsables, au moins, encaissaient les primes perçues au titre des recrutements : Yazourène, en dernier ressort, Zaïdat Ahmed et Mehlal Saïd, directement auprès de leurs partenaires au complot.
(Lors d’une conférence sur l’opération «Oiseau Bleu» qu’il a animée en 1984 au profit des lycéens du lycée Chihani Bachir à Azazga, le colonel Yazourène avait déclaré : «En plus de son succès sur les plans politique et militaire, l’opération ‘‘Oiseau Bleu’’ nous a permis de ramasser une cagnotte de 300 millions d’anciens francs qui ont renfloué la caisse de la Révolution ; Mehlal Saïd, à lui seul, a remis entre mes mains la somme de 27 millions AF»).

Les armes, les munitions et les effets militaires commencent à parvenir en octobre 1955 à Azazga, dans un local proche des garages Vaucelle, sous l’œil vigilant de mandataires des autorités françaises. Ensuite, le tout est chargé dans des camionnettes bâchées pour d’autres destinations afin de parvenir, en novembre 1955, aux éléments recrutés selon le système pyramidal et essaimés sur une vaste contrée, allant des Ivahryene (Azeffoun, à Aït Zmenzer, Aït Douala et Ihsnouène en passant par les Iflissene, Aït Djenad, Ouaguenoune et Makouda).

Les éléments ainsi recrutés et armés, déjà rompus au système organisationnel, reçoivent les armes et les munitions au fur et à mesure de leur arrivage. Ils sont nominalement rattachés au poste militaire le plus proche, mais, la nuit, ils assurent la protection des combattants de l’ALN, de passage dans leurs villages respectifs.
 
La guerre psychologique commence

Pour rassurer la partie française qui fournissait ces armes et munitions et lui prouver qu’elles étaient utilisées à bon escient et ainsi susciter de nouvelles livraisons, l’arsenal réceptionné était distribué immédiatement et exclusivement aux éléments de la «Force K» déjà recrutés et mobilisés (aucune arme n’était mise à la disposition des djounoud qui combattaient déjà dans les maquis). En effet, les pseudo-membres de l’armée secrète devaient monter des opérations de nuit contre les fellaghas de Krim, car il fallait bien fournir quelques résultats!
Et pour utiliser ces armes dans une parfaite tromperie de l’ennemi, mais néanmoins associé dans le complot, on usait d’un subterfuge et d’un culot incroyables :

1- on abattait avec ces armes les traîtres avérés à la Révolution dont les listes étaient remises aux responsables de l’organisation et on les habillait de l’habit du «fellaga» authentique (kachabia, burnous ...) avant d’inviter l’officier français compétent à constater de visu le fait et le rapporter ensuite à ses supérieurs hiérarchiques.

Les citoyens indigènes qui figuraient dans ces fameuses listes étaient ceux qui étaient condamnés par le FLN pour diverses raisons.
2- On simulait des accrochages entre les maquisards du FLN et les éléments de la «Force K», et ce, à proximité des garnisons et des postes avancés de l’armée française d’où pouvaient être perçus les crépitements des armes qui étaient distincts et facilement reconnaissables pour celui qui les connaissait bien : les armes légères et les fusils de chasse appartenaient aux «fellagas», tandis que les fusils mitrailleurs étaient actionnés par les éléments de la «Force K» fraîchement équipés. A l’issue de chaque accrochage, on disposait ça et là les corps inertes de faux maquisards comme indiqué plus haut : on habillait d’uniformes des corps criblés de balles de fusils mitrailleurs.

Ce sont les prisonniers des troupes de «Bellounis» qui vont faire les frais de la mise en scène «réaliste». On abandonnait ainsi quelques cadavres fraîchement tués, des hommes originaires de régions éloignées pour qu’aucun villageois kabyle ne puisse les reconnaître.
Plus cette opération se répétait selon la simulation que nous avons décrite plus haut (assassinat de faux maquisards) et plus la partie française vérifiait, à ses dépens, que le plan et l’organisation mis en place fonctionnaient à merveille.

Et, bien évidemment, plus les résultats réalisés sur le terrain par les éléments de la «Force K» étaient jugés satisfaisants, plus vite on accroissait les recrutements au profit de l’organisation et plus on consentait des efforts en armement dont les livraisons se faisaient incessantes et consistantes.
Le stratagème ainsi mis en place par les responsables de l’organisation fonctionna donc à merveille et résista même à l’épreuve du temps qui a fini par avoir raison des incertitudes et des appréhensions de quelque camp où l’on se situait. La confiance et la sérénité ont vite fait de s’installer dans chaque camp au complot et entre leurs responsables mutuels.

Dans le camp français, Robert Lacoste devenu au fil des jours de plus en plus optimiste et caressant l’espoir de venir à bout de la Révolution, avait fini par lâcher sa fameuse déclaration qui allait faire date dans l’histoire de la guerre d’Algérie : «C’est le dernier quart d’heure de la Révolution». Cette déclaration pompeuse ainsi que l’optimisme béat qu’elle reflétait allaient infliger à Monsieur Robert Lacoste la plus grande défaite de sa carrière politique.

En effet, lorsque le complot fut mis à nu, en même temps que l’échec cuisant de la partie
française, soit durant l’automne 1956, le journal satirique Le Canard enchaîné le prit à partie dans une de ses éditions où il lui asséna une caricature à travers laquelle il lui signifia que l’échec était le sien : la caricature représentait Robert Lacoste accroché aux pendules d’une horloge qui indiquait «minuit moins le quart», c’est-à-dire le dernier quart d’heure de la journée, et était commentée comme suit : «Voilà le dernier quart d’heure de Monsieur Robert Lacoste !».

Du côté du FLN/ALN, les responsables de l’organisation prennent, eux aussi et de jour en jour, davantage de confiance en soi et d’assurance et s’enhardissent jusqu’à rencontrer et nouer des contacts avec les responsables français concernés tant au niveau du Gouvernement général qu’au niveau du Commandement militaire basé à Tizi Ouzou. C’était le cas notamment pour les deux responsables qui avaient acquis la confiance des responsables français dès la phase de gestation du complot, en l’occurrence : Zaïdat Ahmed et Mehlal Saïd.

De même, les autres responsables de l’organisation, à savoir Mohamed Hamadi, Omar Toumi et Saïd Makhlouf avaient noué des contacts fructueux avec les responsables militaires français, notamment chacun dans la région où il activait.
C’est donc dans ce climat de parfaite collaboration entre les responsables des deux camps que le complot continua son bonhomme de chemin et que l’organisation se développa en se perfectionnant.
 
La fin du complot

Nous sommes au début de l’automne 1956 et le Congrès de la Soummam venait de clore ses travaux avec la réussite qu’on lui connaît.
Les travaux du Congrès offrirent l’occasion à Krim Belkacem de dévoiler le complot devant ses pairs qui n’en crurent pas leurs oreilles malgré l’assurance et l’optimisme que ce dernier affichait pour convaincre qu’il maîtrisait parfaitement la situation. Des échos datant du Congrès ont fait état d’un grand agacement des congressistes, allant jusqu’au reproche quant à l’audace et aux risques qu’avaient pris les responsables des maquis de Kabylie dans cette affaire.

Toujours est-il que les responsables de la Révolution qui avaient pris part au Congrès avaient estimé unanimement qu’il était temps de mettre fin au complot, avant qu’il ne soit trop tard, et de vérifier de manière probante que son dénouement allait assurer un succès pour la Révolution tel que cela était escompté par Krim Belkacem et ses amis.
Et c’est ainsi qu’il fut décidé, lors du Congrès de la Soummam, d’ordonner aux éléments de la «Force K»″de rejoindre définitivement les rangs de l’ALN avec armes et bagages et de participer à la grande offensive qui allait être déclenchée le 30 septembre 1956 sur l’ensemble du territoire de la colonie.

C’est au début du mois de septembre donc que l’ordre fut donné à l’ensemble des groupes de l’organisation de rejoindre les rangs de l’ALN dans les maquis du Tamgout principalement. Les différents groupes n’ont pas eu de mal à rejoindre progressivement mais rapidement les maquis, sauf le groupe de Maâtkas dont les éléments ont été désarmés et arrêtés par l’armée française.
Nous pouvons faire le récit de faits assez cocasses liés au «ralliement» de deux membres parmi les responsables de l’organisation.

1- Avant de rejoindre les maquis de la Révolution et grossir les rangs de l’ALN, soit le 30 septembre 1956, Omar Toumi s’était offert le luxe d’attirer le capitaine Maublanc et ses hommes dans un guet-apens dans lequel ces derniers avaient subi de lourdes pertes, en hommes et armement. Omar Toumi avait simulé un appel à l’envoi de renfort au capitaine Maublanc, près de son village d’Iguer N’Salem, par l’envoi du signal convenu (une fusée blanche) en cas de présence ou d’attaque des rebelles. Du haut d’une falaise, Omar Toumi et ses hommes tendirent une embuscade aux troupes du capitaine Maublanc qui accouraient. Ce dernier s’écriait : «Omar, c’est moi, le capitaine Maublanc !» Ce à quoi Omar Toumi répondit : «Je sais, mais je sais aussi que le jeu est fini.»

2- Que le lecteur excuse l’envie qui m’inspire et m’incite à faire le récit relatif au ralliement des rangs de l’ALN par Mehlal Saïd, au moment du départ et de la séparation avec sa famille, la nôtre.
Je tiens le récit et le témoignage de mon grand-père El Hadj Moh Oua Hend (qu’il m’est particulièrement agréable de citer en cette occasion) qui me confia un jour alors que j’avais l’âge adulte et mûr ; le récit était émouvant et en même temps révélateur de l’état d’esprit et de l’état d’âme des responsables du FLN/ALN à cette époque précisément.
Tels furent le récit et le témoignage de grand-père :

«Un jour de la fin septembre 1956, votre père me fit appeler derrière notre habitation aux alentours de minuit ; il portait un burnous de couleur sombre et était accompagné par un groupe de moudjahidine bien armés. Après un bref salut de sa part et de la part de ses compagnons, il me révéla qu’il venait pour la dernière fois à la maison, pour nous dire au revoir, et peut-être adieu, parce qu’il rejoignait définitivement le maquis avec ses compagnons. Ce à quoi je lui répondis : ‘‘C’est mieux ainsi et que Dieu vous couvre de sa bénédiction et de sa protection’’ ; il s’était écoulé un très court instant d’un silence poignant avant que je le ramène à la réalité sociale : ‘‘Et tes enfants, Saïd, as-tu pensé au sort qui pourrait leur être réservé ?’’ Ce à quoi il répondît presque spontanément : ‘‘A partir de l’instant présent, ils sont tes enfants !’’ Et comme pour me rassurer, il me lança cette surprenante affirmation : ‘‘De toutes les façons, c’est une affaire de quelques mois, six tout au plus, et nous nous débarrasserons du colonisateur.’’ Grand-père m’avoua tout de même que lorsque son fils Saïd lui fit cette dernière déclaration, il ne savait s’il devait en rire ou en pleurer, lui qui avait été enrôlé dans l’armée française durant la Première guerre mondiale et qui avait fait les fronts de Syrie et de Bulgarie. Je connaissais donc parfaitement les moyens en tous genres dont disposait l’armée française déjà à l’époque ; alors, qu’est-ce que ça devait être quarante ans plus-tard ? mais j’ai été tout de même ébloui par la grande foi en la victoire finale qui l’animait».

C’est incroyable donc comment on partageait, dans chaque camp au complot, la même conviction selon laquelle le complot se dessinait inéluctablement à son profit et qu’il le débarrasserait irrémédiablement de l’ennemi. Cependant, elle était plus grande et plus légitime chez les responsables du FLN/ALN puisqu’ils étaient les maîtres du jeu.

Ces derniers n’ont, du reste, pas manqué d’asséner cette vérité à Monsieur Robert Lacoste dans une lettre sublime qu’ils avaient rédigée à son attention pour marquer l’arrêt définitif et la mise à nu du complot, d’une part, et lui signifier leur victoire éclatante ainsi que son échec cuisant et absurde, d’autre part. Cette lettre a été transformée en tract qui a été transmis aux différents responsables français et fait l’objet d’une large diffusion dans les maquis et parmi les populations française et algérienne.
Nous reproduisons ici une traduction personnelle du texte de cette lettre qui est reprise dans l’article publié par feu Kadri Ahmed et auquel nous avons fait référence plus haut.

La lettre, portant la signature de Krim Belkacem, était rédigée approximativement comme suit :
Monsieur le Ministre,
«Vous avez cru introduire, avec la ‘‘Force K’’, un cheval de Troie au sein de la résistance algérienne. Vous vous êtes trompé. Vous pouvez vous leurrer Monsieur Lacoste à considérer la question algérienne comme une simple chimère. Vous êtes loin de la réalité et incompétent tout à la fois !

La question algérienne demande, pour être appréhendée, une connaissance parfaite du peuple algérien et ce peuple nous le connaissons parce que c’est nous-mêmes.

Ainsi, vous a-t-il manqué une seule chose pour réaliser cette pièce théâtrale que vous avez élaborée : il vous a manqué la connaissance du théâtre et des acteurs avant de mettre en œuvre votre pièce. Or, il se trouve que le théâtre c’est notre propre pays et les acteurs ce sont nous-mêmes. Vous venez d’équiper en armes et munitions des moudjahidine authentiques du FLN ! Et comment comptez-vous induire en erreur vos semblables et les convaincre de croire à votre rêve fou ? Avez-vous considéré que nous serions à ce point léthargiques et crédules au point de ne pas nous rendre compte de ce que vous réalisiez ? Et voilà la vérité qui vous illuminera ! Puisse-t-elle vous faire comprendre finalement ce qu’est l’essence de notre Révolution ainsi que le machiavélisme vain de vos procédés. Il est certain que vous tirerez suffisamment la leçon de cet événement et c’est une leçon qui mérite bien les centaines d’armes que vous venez de nous offrir gracieusement. Soyez certain que nous apprécierons ce cadeau à sa juste valeur et que nous œuvrerons à en faire le meilleur usage qui soit au profit de l’intérêt national.

Et puisse le peuple français dont les enfants meurent tous les jours apprécier votre œuvre à son tour et vous demander des comptes qu’il vous sera difficile de présenter et de défendre après que vous l’ayez trompé par votre assurance préfabriquée et, après tout, ces détails ne nous intéressent guère. En ce qui nous concerne, nous estimons que la preuve est suffisante que la Kabylie sera un exemple pour les autres régions combattantes du pays et nous sommes assurés que toute ‘‘opération de pacification’’ est vouée à l’échec, quelle que soit la région du pays où elle serait initiée. Et si le Gouvernement français souhaitait un jour trouver une solution à la question algérienne, il n’aura qu’à choisir une autre voie» (Fin du texte du tract).

Le tract que venait de diffuser le FLN était semblable à celui qui contenait la déclaration du 1er Novembre 54 de par l’effet qu’il eut sur toutes les parties au conflit : pouvoir politique d’Alger et de la métropole, hiérarchies militaires des deux camps et populations civiles, les deux ethnies confondues. Parmi toutes ces composantes, les sentiments étaient partagés entre :
- la surprise et l’étonnement, chez les décideurs français ;
- l’indignation et l’amertume, chez les colons ;
- l’abattement et la désolation, dans les rangs de l’armée française ;
- le soulagement et l’euphorie, dans les rangs de l’ALN ;
- la fierté et l’espoir, parmi la population kabyle locale.

La France entière venait de subir un revers cinglant et un affront terrible qui se mesuraient à l’importance incommensurable de leurs répercussions au plan national et international.
L’affront et le revers ne pouvaient donc rester impunis et en un rien de temps il fut décidé de la riposte à y opposer et de la correction à infliger à leurs auteurs. Et il n’avait pas fallu plus d’une semaine pour monter une opération militaire de grande envergure dans le but, soi-disant, de pourchasser les «fuyards» mais qui devint, en réalité, une véritable campagne de représailles aveugles, meurtrières et dévastatrices.

Le tract du FLN venait d’être publié dans le n° 2 de son organe d’information El Moudjahid paru en date du 8 octobre 1956 et le 9 octobre au matin, l’opération Djennad débutait. Durant cette opération qui a duré cinq jours pleins, du 9 au 13 octobre, une dure bataille a mis aux prises les deux forces en présence sur le site dit ″Agouni Ouzedhoudh (Plateau de la Palombe) dont elle a pris le nom : «la bataille d’Agouni Ouzedhoudh» dont un récit admirable en est fait dans la publication de Madame Camille Lacoste Dujardin.(4)
Des effectifs et des moyens militaires colossaux, comparativement à l’espace géographique ciblé, ont été mobilisés dans le cadre de cette opération dénommée″ Opération Djennad, eu égard à la région dans laquelle elle se déroulait : Aït Djennad.
On avait mobilisé un effectif de 10 000 hommes environ, composés des divers corps d’armée, appuyés par cinq avions de combat, deux batteries d’artillerie… Certains ont même fait allusion à l’utilisation d’un navire de guerre qui aurait été stationné le long des côtes d’Azzeffoun, face aux monts du Tamgout pour les bombarder. La «Force K» avait perdu une centaine de ses éléments dans cette bataille inégale.

A l’issue de cette gigantesque bataille qui marquait la fin de l’opération «Oiseau Bleu» et l’intégration des rangs de l’ALN par les rescapés de la «Force K», les cinq responsables de «l’organisation» qui ont été directement impliqués dans le complot et qui ont grandement contribué à son retournement spectaculaire au profit du FLN/ALN ont été récompensés par leur promotion aux rangs d’officiers de l’ALN :

- Zaïdat Ahmed, avec le grade de commandant ;
- Mehlal saïd, avec le grade de lieutenant (il a été promu capitaine en 1958) ;
- Saïd Makhlouf, avec le grade de lieutenant ;
- Mohamed Hamadi avec le grade de sous-lieutenant ;
- Omar Toumi avec le grade de sous-lieutenant.
Ils sont tous tombés au champ d’honneur !
Gloire à eux et à tous les chouhada de la Révolution de Novembre 54 !      M. A.

4)- Opération «Oiseau bleu». Des Kabyles, des ethnologues et la guerre d’Algérie. La Découverte, 1997.

Par Mahelal Ali  Fils de Chahid (Source El watan)

 

Tag(s) : #HISTOIRE

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