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IdirIdir Benaïbouche ouvre le feu sur le défaitisme chronique de la génération de «Et après ?» et tente de soulever les lourdes pierres de l’indifférence sociale.

 

L’état d’urgence imposé en l’Algérie entre 1992 et 2011 a créé un conditionnement social. Le jeune comédien, Idir Benaïbouche, en est convaincu. «Cela ressemble aux rayons d’une centrale nucléaire qui créent des cancers. L’état d’urgence a déstabilisé la pensée», nous dit-il. Autour de cette idée, il a construit un spectacle, Jeunesse état d’urgence, qui a été présenté dimanche soir à la salle Ibn Zeydoun à l’Office Riad El Feth à Alger. Mis en scène par le jeune Nadjib Faouzi Oulebsir, le one man show est composé de plusieurs tableaux. «Nous avons eu l’indépendance. Rassurez-vous, ce spectacle n’évoque ni la Révolution, ni les moudjahidine. Et, s’il vous plaît, laissez vos portables allumés !», lance la voix off.

 

A contre- courant, Idir Benaïbouche veut nager. Le premier personnage ? «L’artiste, l’intelligent, le provocateur, Mahdi Al mountadhar… » Il invente «la danse état d’urgence». Une danse où il y a de tout. Tous les traumatismes des années 1990 se retrouvent dans une gestuelle nerveuse et un propos salé. «Pas la peine de crier ‘‘pouvoir assassin‘‘ pour avoir un logement ou un emploi», dit-il. «La danse état d’urgence», comme la poudre magique des anciens temps, règle tous les problèmes. «Pas la peine de manifester ! L’Etat a adoré mon projet. Il m’a donné une aide pour le soutenir», dit le créateur de la nouvelle danse.

 

Ce mélange de danses de «l’Algérie folklorique» a créé «la moussalaha el watania», la réconciliation nationale. «En 1988, le soulèvement a été provoqué par les sardines, en 2011, par l’huile et le sucre. Et en 2050, ça sera à cause du chocolat et du chewing-gum», constate-t-il. Il fait parler «Monsieur pouvoir» qui, à chaque fois, crache. Et que dit «Monsieur pouvoir» ? Curieusement, il parle comme un général médiatique : «Chacun pour soi et Dieu pour moi !». Rires dans la salle. Plus loin, il lance : «Les revendications ne servent plus à rien !»

 

Occasion d’évoquer les adeptes, visiblement nombreux, de la passivité et de l’indifférence. «Les aprèsistes», à chaque fois que vous les sollicitez, vous leur dites quelque chose d’important, ils vous disent : «Et après ?», dit-il. Idir se moque de tout. D’un humour scatologique algérianisé à outrance, Idir Benbaïbouche trouve des anomalies aux toilettes turques, développe une poésie aérienne sur le pet collant de «aâmi mouh» et engage un petit discours sur l’épouse de Allalou qui ira uriner dans un bar. «Dans un bar, on est sûr», tranche-t-il. «Vous savez qu’impossible n’est pas français. Moi, je dis espoir n’est pas algérien !», décide-t-il. Il y a dans le jeu comique, forcément en construction, d’Idir Benaïbouche, du Fellag et du Gad Elmalah.

 

Le one man show paraît malgré tout encombré. L’envie de dire beaucoup de choses, d’exprimer sa colère, de faire entendre son dégoût est là, présente. Mais, cela peut induire une certaine surcharge que la scénographie ne rattrape pas totalement puisque bâtie sur la technique de l’espace vide. Sur scène, le comédien a déployé beaucoup d’énergie pour interpréter plusieurs personnages. Ce n’est pas forcément mauvais même si parfois le trait était quelque peu forcé. Les spectateurs ont bien compris qu’il est en révolte contre un certain ordre social, contre la routine de la vie, l’attente de la mort, la peur de l’imprévu.

 

«Tu veux avoir du chocolat, je t’en donnerai. Mais avant cela, je vais te faire souffrir. Je te demande de ramener un certificat 12 S, par exemple», nous a confié Idir Benbaïbouche après un spectacle fort applaudi par le public. Selon lui, la durée réelle de «Jeunesse état d’urgence» est de quatre heures. «Je l’ai réduit à 1 h 15. Dans le show, j’ai abordé plusieurs thèmes. L’humour est basé sur la religion, la politique et la scatologie. Si on enlève cela, on va rire de quoi ? On va rire de l’histoire de ma grand-mère qui a acheté des suppositoires ?! Je me permets toutes les libertés. Je suis plutôt branché humour noir. Le sarcasme et l’ironie sont quotidiens dans la société algérienne. Le plus important pour moi dans le théâtre, c’est le texte. Le texte crée le jeu et l’interprétation», a-t-il souligné.

Il a fallu quatorze mois à Idir Benbaïbouche pour l’écriture, le montage et les répétitions. Trouver une salle où présenter le spectacle est un autre combat. «Je n’ai aucune idée sur la suite. Cela fait sept ans qu’on est dans ce métier et à chaque fois il faut se battre pour jouer ou répéter…On adore vous faire courir ! On s’est habitués à cela. Même si un jour, je trouve que tout est clair, je dirais qu’il n’y a quelque chose d’anormal !», a plaisanté Idir Benaïbouche.

Fayçal Métaoui

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