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 Achène Taleb chante “l’Harma n’Tadarth”

 

Achène Taleb

C’est là qu’il s’est mis à taquiner les muses pendant que d’autres trouvaient leur bonheur à jongler avec les équations et d’autres encore à tutoyer l’espiègle Fouroulou dans le Fils du pauvre. Ceux qui, à l’image de votre humble serviteur, ont partagé avec lui les nuits glaciales à la cour de récréation au sortir du réfectoire se souviennent de lui ; de sa première chanson Ourivan Wi Yilan (je ne sais pas qui je suis), qui traduisait déjà à l’époque l’éveil des jeunes collégiens kabyles à la revendication identitaire irriguée par les publications de la défuntes Académie qu’on lisait la nuit au dortoir sous la couverture, à la lueur d’une lampe. Achène Taleb est né à Illilten en 1958 lors de la tristement célèbre “Opération Jumelles” pendant la guerre d’Algérie. Il avait trois mois lorsqu’il avait perdu son père, membre de l’ALN, à l’âge de 19 ans.

 

 Il a été élevé notamment par sa grand-mère, Na Aldja Ichalalene, laquelle a raconté sur Berbère TV sa vie de militante lors de la guerre de Libération. Après avoir fréquenté l’école primaire du village Thizit, il a poursuivi sa scolarité au CEM Amar Ath Chikh de Aïn El-Hammam, puis au lycée Abderrahmane El-Illouli de Larbâa Nath Irathen. C’est au CEM de Aïn El-Hammam, en 5e, qu’il a composé sa première chanson engagée pour la culture berbère Ourivane Wi Yilane, chanson interprétée par plusieurs chanteurs, notamment Massa Bouchafa.

 

Étudiant en première année de droit à l’université de Tizi Ouzou, il a participé, comme tous les étudiants de l’époque, au mouvement du “Printemps berbère”. Recherché par la police, il a fini par rejoindre la France où il a achevé ses études de droit, puis obtenu en 1987, à Paris, le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, profession qu’il exerce encore aujourd’hui. Par ailleurs, Achène Taleb est titulaire de titres prestigieux : ancien secrétaire de la conférence du stage du barreau des Hauts-de-Seine, lauréat en 1990 du concours international de plaidoiries organisé chaque année par le Mémorial pour la paix de la ville de Caen, en défendant la cause de Chico Mendes, le célèbre défenseur brésilien des paysans sans terre de l’Amazonie.

 

 Achène Taleb se considère comme “un chanteur malgré lui”. Comme il nous l’a expliqué dans une note, la chanson chez lui ne relève pas d’un choix délibéré. L’ensemble des chants qu’il a composés lui viennent spontanément, comme une révélation, au gré des événements de la vie : événements familiaux, politiques… La dernière chanson composée en septembre 2013, Yennayas Ouamghar Immis, lui est inspirée au réveil d’une anesthésie générale de cinq minutes à l’hôpital d’Argenteuil. Avec l’humilité qui est la sienne, Ahcène Taleb “ne se reconnaît aucun mérite dans la composition des chansons qu’il écoute comme une œuvre d’autrui. Seule la foi ou la science profane, la psychanalyse peuvent expliquer le phénomène qu’il subit véritablement.

 

Si Ahcène Taleb a réalisé le rêve de son enfance en devenant avocat, Ahcène Ouaïssa est devenu chanteur malgré lui”. Quarante ans après, on le retrouve avec la même verve de jeunesse, la même fibre poétique forcie, il est vrai, par les années d’expérience. À l’arrivée, un album bien ficelé dans lequel il nous réconcilie avec la chanson propre, intelligente, qui interpelle la sensibilité, l’émotion, la raison. Son album nous éloigne aussi des rivages de la médiocrité, du cliché facile dans lesquels la chanson kabyle a de nouveau sombré. En somme, un moment de poésie qui nous projette sans filet dans la Kabylie perdue de notre enfance.

 

Par : Omar Ouali

Tag(s) : #CULTURE

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