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“Tout ce que je fais est en rapport direct avec les Aurès”

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écrivain, auteur-compositeur et interprète, son œuvre constitue une affirmation de son identité amazighe. Il a réédité “L’âne d’or” d’Apulée, écrit une comédie musicale berbère et initié le premier ballet berbère de danse contemporaine.

Liberté : Vous êtes né à Tkut ou à Timsunine dans les Aurès, des origines que vous revendiquez haut et fort…
Messaoud Nedjahi : Je suis bien originaire de Tkut, qui s’écrit ainsi et non pas avec “ou”. D’ailleurs c’est le nom de ma fille. C’est vrai que je suis né en 1954 à Timsunine, qui veut dire le petit paradis en chaoui. Nous avons été chassés de notre village avec toute ma famille, nos biens ont été confisqués par l’armée coloniale y compris notre maison. Nous avons mis 4 jours pour arriver à Batna.

Vous êtes devenu batnéen par la force des choses, vous en parlez souvent avec nostalgie...

Grosse erreur. Je ne suis point nostalgique et je ne parle pas de la ville de Batna en boucle pour pleurer sur les décombres ou refaire sans cesse le même constat. Je suis un grand rêveur certes mais pas un nostalgique. J’invoque les bons moments, les agréables souvenirs d’une enfance heureuse. Les filles de Batna de l’époque étaient trop belles. Tbatent (et non Batna) était un grand et beau village, on se connaissait tous, filles et garçons. Vous vous rendez compte que dans cette même ville à la fin des années 70 on allait au cinéma entre copains et copines ! Quelle régression ! Qu’est-ce qui nous arrive ?

Justement, après l’université, silence radio. Vous quittez le pays, on n’a plus de vos nouvelles, alors que vous avez réussi à remettre au goût du jour la chanson chaouie. Départ forcé ou choisi ?

Toute expérience, fût-elle malheureuse, peut s’avérer fructueuse. Le 22 mai 1979, j’étais au service national à Alger (Bab El-Oued), et en avril 1980 je participais au printemps berbère. Or c’est incompatible et je l’ai appris à mes dépends (rire). J’ai passé quelques mois au cachot à Oued Aïssi. à ma libération, je n’y ai pas réfléchi à deux fois. J’ai pris le premier avion, direction la France. à l’époque, il n’y avait pas de visa. C’est pas moins de 27 ans d’absence. Un aller sans retour.

Une quinzaine de publications à compte d’auteur ont été publiées en France. Pourquoi pas en Algérie, puisque les choses et la situation semblent le permettre ?
Seul Les trois précieuses a été édité à mon compte. Alors que La Becquée et Autopsie d’une identité sont des rééditions. Ma fierté, si j’ose dire, reste la réédition de L’âne d’or d’Apulée, et je compte bientôt rééditer la totalité de ses œuvres. Quant à se faire diffuser en Algérie, il n’est pas évident de trouver un partenariat, surtout que j’exige que le prix de mes œuvres ne dépasse pas 300 DA l’unité en cédant les droits d’auteur. Or les gens du circuit (impression, diffusion, distribution) n’ont qu’un souci : se remplir les poches, et enfin s’ajoute le net recul du lectorat francophone, surtout dans la région des Aurès.

Vous êtes considéré par la nouvelle génération comme l’un des pionniers de la musique et chanson chaouies. Pourquoi cette longue absence de la scène artistique ?
Au contraire, je suis prolifique. J’ai composé une musique de film, initié le premier ballet berbère de danse contemporaine, une comédie musicale berbère, une douzaine d’hymnes auressiens, une tournée en France avec La Quête du bonheur et surtout des représentations, pour donner une dimension universelle à la musique auressienne. Ne pas être visible ne signifie pas être absent. Pour donner justement cette dimension universelle, j’ai fait appel à des virtuoses venus de tous les horizons : Chine, Autriche, la Réunion, France et une voix unique, celle de Fazhia Inuva.

Des auteurs, éditeurs, romanciers et journalistes se sont donné rendez-vous à Tkut lors des festivités de la fête de l’automne (thamghra ntmenzouth). Qu’en pensez-vous ?
Je suis toujours partant, et toute initiative est bienvenue quand il s’agit de mettre en exergue et en évidence la culture, l’identité et la civilisation amazighes. Justement, je prépare une saga ironique de plus de 800 pages, Iwal 2013 un ballet pour 3 voix et percussion. Entre musique et écrit, il n’y a point de repos, mais c’est ma seule manière de rester en contact avec la terre qui m’a vu naître, car tout ce que je fais (composition ou écriture) est en rapport direct avec les Aurès.

 

Par : Rachid Hamatou

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