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Combien de femmes et d’hommes meurent-ils sans avoir eu le courage ou l’opportunité de dire ce qu’ils pensent ? De raconter leurs souffrances.

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Combien de femmes et d’hommes vivent-ils dans la hantise et la peur de dire quelques choses ? He oui ! Beaucoup d’entre nous s’éclipsent sur la pointe des pieds parce qu’ils n’ont pas osé dire ce qu’ils avaient sur le cœur. Dans la tête. Et ils sont sûrement majoritaires à l’heure de la partance.

 
Et puis, ils y a ceux qui croient que ça ne sert à rien de dire. Ils sont tellement philosophes qu’ils s’oublient dans leur propre philosophie. Ils passent leurs temps à se poser des questions. A vouloir dire. Ou plutôt à prendre la décision de raconter. De se l’ouvrir comme on dit. Mais comme le temps ne s’arrête pas, ils finissent par s’en aller avec le secret des pensées enfouies, des livres non écrits.
Par contre, heureusement d’ailleurs, quelques-uns osent. Sans trop de conviction parfois même, ils s’essayent à la dissertation. Ils étalent un talent accouché aux forceps.
C’est le cas de madame BELKADA. Anonyme femme au foyer, elle vient d’éditer un livre en hommage aux femmes martyrisées. Avec un français simple et accessible, elle se fait la voix de ces femmes éparpillées dans le labyrinthe du dur patriarcat et du dogme religieux. Elle se fait porte-voix et avocate des sans voix.

Elle est allée recueillir, dans un livre, les témoignages de femmes ayant subis des violences diverses. Du viol, en passant par les sévisses corporels. Du harcèlement sexuel, en passant par le divorce et l’anathème etc. Elle s’est permis « le sacrilège » de remuer la plume dans la plaie de femmes victimes de l’arrogance des hommes et de la loi. De l’archaïsme de notre société. Ces femmes ont accepté de témoigner pour exorciser les souffrances et panser les blessures.

Elle a fait une intrusion dans le noir des intimités conjugales et amoureuses pour nous rapporter des témoignages bouleversants sur le cauchemar, les cauchemars, que vivent les femmes et qui font tout pour le cacher afin d’éviter l’opprobre et la vindicte populaire. L’honneur de la tribu ne doit en aucun cas être sali. Notre société préfère le silence d’une femme à l’affront du clan familial. L’omerta est la règle dans tout ce qui touche aux mœurs d’une société kabyle insensible aux bouleversements technologiques du 21eme siècle.

Sous couvert de prête-noms et d’anonymat, des femmes nous décrivent le calvaire, leurs calvaires au quotidien, dans un monde sans scrupules ou l’homme est joueur et arbitre à la fois. Et dans ce genre de duels, l’issue est connue d’avance et le gagnant tout désigné. Le conservatisme religieux et l’archaïsme de la société se chargent chacun de son coté et dans une parfaite complémentarité de perpétuer l’immaculation du clergé sur le dos d’une femme soumise.

Les avatars d’hommes lambda sont dévoilés dans toutes leurs horreurs et leurs monstruosités.
Avec ce livre (le combat d’une femme), le silence des femmes devient assourdissant. Leur enclos fermé éclate et offre au monde entier son vrai visage. Un monde de souffrances sans gémissements. Un monde de pleurs sans larmes apparentes. Et j’en passe. Les us, les coutumes et le poids de la religion imposent le silence aux femmes, malheureusement impuissantes face aux préjugés. Et le changement n’est pas pour bientôt.



Benamghar Rabah

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