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«Le mécénat, une nécessité»

-Quel bilan faites-vous de la cinquième édition du FITB ?

Il serait précoce de donner un véritable bilan, mais nous pensons que le verdict est tombé avec une affluence record du public pendant cette édition et doublement de l’édition passée qui vient confirmer que le festival a été une véritable et agréable attraction pour les citoyens béjaouis et nos invités. Si le public est le baromètre de toute réussite, nous dirons sans complaisance que le festival a été une véritable réussite. Ce public, nous l’avons connu tant à Béjaïa qu’à travers les spectacles de proximité dans les wilayas du centre-est et les communes et villages selon les sondages de nos équipes d’encadrement engagées dans ce sens.

 

Les lettres de félicitations des délégations et les SMS des citoyens ne font que nous conforter dans une attitude d’un festival qui a tenu à 95% ses promesses tant sur la qualité et la variété des spectacles et d’une diffusion très élargie qui a dépassé les frontières de Béjaïa avec plus de 100 000 personnes touchées et une moyenne de 27 représentations/jour, avec au total plus 210 représentations, toutes formes de spectacle confondues. Les représentations ont continué le 6 novembre au TNAlger et le 7 novembre au palais de la culture d’Alger pour les spectacles allemands et suisses. Il y a lieu de souligner que plusieurs ambassadeurs ont suivi notre festival, que ce soit à Béjaïa, malgré la distance, ou à Alger, ce qui dénote pour nous un certain intérêt et respect pour notre festival.

 

-Le public a eu à voir un théâtre engagé...

Nous sommes en plein théâtre engagé dans le monde actuellement. La plupart des spectacles proposés à travers la planète s’inscrivent dans ce choix tant sur le plan de la forme que celui de la thématique. Il y a lieu de relever que certains spectacles ont paru un peu étranges pour le public comme le «Théâtre de chambre» du Kazakhstan, ou «le théâtre NÔ» des japonais, mais il nous revient, en tant qu’organisateurs, de proposer des choses nouvelles pour notre public ne serait-ce que pour la curiosité de la découverte. Et là, nous accomplissons un acte d’avant-garde. On peut aimer ou ne pas aimer, ceci est un débat qui est relégué aux calendes grecques.

 

-Sur le plan des moyens mis en œuvre sur scène, on pourrait distinguer un théâtre développé et un autre qui l’est moins. Est-ce votre avis ?

Les moyens dépendent aussi des choix esthétiques. Un spectacle sur une scène nue, dépourvue de décors, peut représenter un choix de scénographie. Le «théâtre pauvre» de Grotowski n’est pas aussi pauvre que cela. S’il présente une pauvreté en matière «d’ameublement» de l’espace scénique, il est très riche par une présence corporelle des comédiens qui dessinent leur propre scénographie avec leur corps. Des fois, un grand décor sur scène sert beaucoup plus à masquer les défauts des comédiens et du metteur en scène. Matière à débat, mais là n’est pas notre sujet.

 

-Indiscutablement, le théâtre an der ruhr allemand a été le plus généreux pour les nouveautés qu’il a introduites sur les planches : le sous-titrage et le nu, le nu artistique bien sûr. N’est-ce pas là deux grosses premières pour le théâtre algérien ?

Effectivement, le théâtre allemand a fait incursion avec le nu artistique et le surtitrage de sa pièce, chose qui a énormément contribué à la compréhension de la pièce, d’où une nouveauté pour notre festival. C’est un théâtre très influent en Allemagne, comme ce fut d’ailleurs le cas des Autrichiens et des Kazakhs ou le spectacle du Bénin. Il faut juste avoir la curiosité de découvrir. Dommage pour certains spectateurs qui nous semblaient très avertis et qui sont à côté de la plaque quant à la découverte de spécificités esthétiques de certains spectacles. Nous y reviendrons dans notre bilan artistique.

 

-Les Japonais ont été l’autre attraction du FITB, mais ils n’ont présenté que la chute de leur pièce et avec seulement trois comédiens. Est-ce qu’il n’est pas difficile au théâtre Nô de s’adapter à la boîte italienne ?

Le spectacle du théâtre nô a débuté au moment où on a commencé à faire habiller le comédien qui devait jouer le rôle de la fille. Le metteur en scène a opté pour une démarche esthético-didactique qui consiste à amener le spectateur à vivre l’univers du nô à travers le revêtement, comme si chaque spectateur subissait dans le silence absolu lui aussi le même costume. Le reste n’est qu’une suite logique du spectacle. Effectivement, la scène à l’italienne nuit à ce genre de représentation et la disposition du nô obéit à une autre forme d’organisation de l’espace scénique, mais il faudra du temps et des spécialistes pour assurer des espaces de ce genre à l’avenir. Si on est assuré d’avoir un spectacle de théâtre nô chaque année, on veillera à le faire. Cela fera des adeptes. C’est aussi un des objectifs du festival.

 

-Le festival a connu, cependant, des failles organisationnelles dont celles qui ont pénalisé la presse. Etiez-vous débordés par le flux important des participants ?

Un festival de cette dimension pour une équipe jeune de Béjaïa pour sa deuxième édition ne peut se faire sans des manques et des difficultés que nous assumons. Des festivals internationaux de grande envergure qui capitalisent plus de 30 ans d’existence se retrouvent des fois confrontés à des imprévus. Ce qui fut notre cas. Doit-on annuler précocement le spectacle des Palestiniens parce qu’ils n’arrivent pas à passer le passage de Rafah, ou celui des Syriens parce qu’ils ont des difficultés de circulation ? Ceci nous a causé des déprogrammations, mais les spectacles ont eu lieu à l’heure et au lieu indiqués.

Mais par principe, nous avons attendu les Palestiniens jusqu’au dernier jour et nous avons programmé le spectacle syrien au bonheur des artistes syriens. Ceci aussi est du théâtre engagé. Il y a eu du flux aussi, mais nous ne pouvons pas répondre aux caprices de certaines gens qui sont venues faire leur boulot et avaient tous les moyens pour le faire. D’autres festivals internationaux assurent le strict minimum de logistique aux participants et nous sommes en droit de veiller aux deniers publics sans mettre dans la gêne nos invités. Ceci étant dit, nous remercions la presse dans toute sa composante pour nous avoir accompagnés.

 

-Vous vous projetez déjà sur la sixième édition ?

Tout d’abord, il y a lieu de saluer l’unique apport de l’Etat algérien à travers le ministère de la culture pour que ce festival se tienne chaque année et de là nos partenaires avec le minimum d’aide en espérant que d’autres partenaires béjaouis et nationaux seraient plus généreux l’année prochaine pour aller vers un véritable festival de qualité artistique très poussé. Il faut dire que de superbes productions théâtrales coûtent très cher et qu’il faudrait un mécénat fort participatif pour séduire les grosses pointures artistiques. Béjaïa le mérite bien. Nous sommes ambitieux de faire de ce festival un véritable rendez-vous international de théâtre et nous commençons à recevoir des propositions de grands ensembles de théâtre dès maintenant. L’édition 2014 a commencé.

Kamel Medjdoub

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