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monmumont.pngLe Mois du Patrimoine démarre le 18 avril prochain. En attendant, il ne serait pas tout à fait anodin de faire un état des lieux de ce qui a été fait jusque-là et ce qu’il faut impérativement entreprendre dans le domaine de la protection et de la préservation du patrimoine (matériel et immatériel), dans la région de Batna et ses environs.

Il est vrai que beaucoup a été fait dans le sens de la mise en valeur du patrimoine matériel et immatériel. On enregistre un bon nombre d’actions à travers le grand Aurès dans le sens où un bon nombre de vestiges et sites ont été recensés et répertoriés. Dans certains cas, comme celui de la daïra de T’kout, les sites et vestiges ont bénéficiés d’une signalisation (plaques) indiquant les noms des lieux à l’exemple du fort de T’kout ou encore les gorges de Tighanimine.

 

 Concernant le patrimoine immatériel, la célébration du début du printemps (Thifsouine) au village de Menâa mais aussi dans beaucoup d’autres de localités où existe encore cette pratique millénaire, la commémoration du nouvel an amazigh, qui, dans un passé récent, n’était célébré que dans les localités les plus recluses et presque dans une indifférence totale, prennent une ampleur et ont acquis aujourd’hui une dimension régionale, voire nationale. En effet, aux quatre coins du pays, la fête du nouvel an berbère vit une renaissance, après avoir échappé à l’oubli et l’amnésie, ennemis jurés de la pratique culturelle et de la mémoire collective. Il est également important sinon indispensable de rappeler et de mettre en valeur l’apport du mouvement associatif et d’individus (chercheurs, professeurs, érudits ou simples citoyens) qui ont joué des années durant le rôle de franc-tireur et de conscience qui ne dort pas, en tentant d’attirer l’attention de la tutelle par le biais des directeurs de la culture, directeurs de musée, de l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels, et les plus souvent l’autorité locale (comme le président de l’APC ou le chef de daïra).

 

Les exemples sont nombreux en ce sens et édifiants : les cris d’alarme n’ont jamais cessé sur la situation que connaissait et connaît toujours, hélas, le tombeau Imedghassen dans la wilaya de Batna, qui date de l’an III av. J.-C., la pierre inaugurale dans cette ville (capitale des Aurès), qui, selon des informations, reprendra sa place après restauration et identification, etc. Cependant, si dans la capitale des Aurès, la couverture médiatique et la contribution à travers les médias, surtout la presse écrite, semblent donner quelque peu des résultats, ce n’est pas le cas pour l’arrière-pays et d’autres wilayas limitrophes (Oum El-Bouaghi, Khenchela, Tébessa, Souk Ahras…) où un très grand nombre de vestiges (patrimoine matériel) ne connaît, hélas, aucune prise en charge, aucune protection, aucune valorisation, hormis des journées considérées comme officielles où l’on parle, loin de la réalité, de ces lieux et de ce legs, souvent en méconnaissance de la réalité qui est beaucoup plus sombre et en décalage totale avec le discours, affiches, dépliants, cartes… L’exemple le plus triste reste la réalisation de cartes postales par la direction du tourisme de Batna où le mausolée royal de Mauritanie (de l’époque numide) est désigné maladroitement comme celui d’Imedghassen.

 

Khenchela, considérée comme l’une des régions du pays où se trouve le plus grand nombre de sites historiques de différentes époques, rien ou presque n’est fait pour prendre en charge ce patrimoine en souffrance. Mais fort heureusement, des associations, souvent dépourvues de moyens, sensibilisent et essayent tant bien que mal de protéger cet héritage à l’exemple du tapis de Babar, le chant chaoui traditionnel, l’élevage des chevreaux de race barbe dans la localité de Thaouizient, la protection du patrimoine architectural dans des village typiquement berbère( Khirene, Oulja, Siar, etc.). Dans la wilaya de Tébessa, et plus précisément la commune de Bir El Ater (hyponyme Atérien), des traces et débris (premières pointes de lance) rares sinon uniques car elles remontent à l’homo atérien vers 15 000 av. J.-C.

 

méritent beaucoup plus que des boîtes en plastique pour mets et gâteaux dans des armoires non conformes. Dans la ville de M’daourèche (Madaure) dans la wilaya de Souk Ahras, si les lieux semblent être protégés, en réalité ce n’est pas le cas, puisque des citoyens affirment que des fouilles sauvages se font d’une manière systématique et surtout la nuit. Les habitants de la ville parlent de “complicité de certains gardiens censés protéger les lieux”. On s’interroge alors sur les brigades de surveillance dont la tutelle, l’Office national chargé de la gestion et la protection du patrimoine n’a pas cessé d’en parler, coup de sabre dans l’eau.

 

 Le même scénario et le même délaissement à Tifeche, Taoura et autres lieux connus dans la wilaya de Souk Ahras. Les services chargés de la protection semble être dépassés, dans le fond et dans la forme. “Leur manière de protéger et sauvegarder les sites est surannée”, nous assurent les gens du terrain, notamment des membres d’associations, d’autant que cette gestion du patrimoine se fait d’une manière administrative à l’intérieur des bureaux, qui contrastent totalement avec la réalité du terrain. A cela s’ajoute un facteur des plus importants : le recours au festif, à la célébration et la commémoration, comme pour combler la réelle prise en charge.

 

 L’exemple nous est donné par les militants de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine architectural de Menaâ dans la wilaya de Batna. M. Kalla, président du collectif pour la protection de l’ancien village de Menâa souligne que “nous avons l’impression de ne pas parler le même langage ou de ne pas être sur la même longueur d’onde avec les responsables de la tutelle. Nous réclamons la protection de l’ancien village de Menaâ, Tahakliâth, et pour nous répondre, on organise une fête. C’est insensé ! Sinon, c’est le contraire de ce que nous demandons.

 

Nous voulons un périmètre de protection, l’interdiction de construction en béton dans l’ancien village, et l’organisation de journées d’étude avec des spécialistes : architectes, urbanistes, restaurateurs, etc.” Il est fort possible que tout est dans ce dialogue de sourds, pourquoi ne pas écouter les gens qui vivent au quotidien ces situations et qui ont en fait leur combat, leur raison d’être dans certains cas. A la veille du mois du patrimoine, qui démarre le 18 avril prochain, il est peut-être temps de donner la parole mais aussi les moyens aux acteurs associatifs qui activent dans le domaine, pour une réelle prise en charge de notre patrimoine. Et peut-être que le musée de Batna rouvrira ses portes à cette occasion ?

 

Par : Rachid Hamatou

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