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theatre-kabyle.pngLe Théâtre national algérien, Mahieddine-Bachtarzi, vient de mettre en scène une nouvelle pièce de théâtre en langue amazighe intitulée « Tarwi tebarwi » et dont la générale est prévue pour samedi 30 novembre 2013. Il s’agit donc d’une nouvelle production du TNA dans la langue amazighe, mise en scène par le dramaturge Ahmed Khoudi. La pièce est adaptée en kabyle par le comédien Nacer Mouhaouche à partir du texte original «Délire à deux» de Eugene Ionesco. Auteur français d’origine roumaine, Eugene Ionesco est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands dramaturges français du 20e siècle. Né à Slatina (Roumanie) en 1909, Eugène Ionesco passa sa petite enfance en France. Il y écrivit à onze ans ses premiers poèmes, un scénario de comédie et un « drame patriotique ».

 

En 1925, le divorce de ses parents devait le conduire à retourner en Roumanie avec son père. Il fit là-bas des études de lettres françaises à l’université de Bucarest, participant à la vie de diverses revues avant-gardistes. En 1938 il regagna la France pour préparer une thèse, interrompue par le déclenchement de la guerre qui l’obligea à rentrer de nouveau en Roumanie. C’est en 1942 qu’il devait se fixer définitivement en France, obtenant après la guerre sa naturalisation. En 1950, sa première œuvre dramatique, La Cantatrice chauve, sous-titrée « anti-pièce », a été représentée au théâtre des Noctambules. « Échec lors de sa création, cette parodie de pièce allait durablement marquer le théâtre contemporain, et faisait de Ionesco l’un des pères du « théâtre de l’absurde », une dramaturgie dans laquelle le non-sens et le grotesque recèlent une portée satirique et métaphysique, présente dans la plupart des pièces du dramaturge. Citons, entre autres, La Leçon (1950), Les Chaises (1952), Amédée ou comment s’en débarrasser (1953), L’Impromptu de l’Alma (1956), Rhinocéros (1959), dont la création par Jean-Louis Barrault à l’Odéon-Théâtre de France apporta à son auteur la véritable reconnaissance. Viendront ensuite Le Roi se meurt (1962), La Soif et la Faim (1964), Macbeth (1972) », souligne-t-on dans une note de présentation remise aux journalistes.

 

 Et de rappeler que Ionesco est auteur de plusieurs ouvrages de réflexion sur le théâtre, dont le célèbre Notes et contre-notes, Eugène Ionesco connut à la fin de sa vie cette consécration d’être l’un des premiers auteurs à être publié de son vivant dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade. Eugène Ionesco fut élu à l’Académie française le 22 janvier 1970. Il est mort le 28 mars 1994. Comme on peut le constater, il s’agit d’une œuvre d’un auteur universel immense qui sera désormais disponible en tamazight sur nos scènes de théâtre.

 

D’une durée de 60 minutes, la pièce sera jouée par des comédiens algériens qui auront à faire leurs preuves à cette occasion. Il s’agit de Abdennour Yessad, Nabila Ibrahim, Kaci Chabi et Mustapha Nait Ali. Au sujet du texte original de la pièce, elle a été écrite en 1962. « Délire à deux » met en scène un couple, un homme et une femme qui vivent ensemble depuis 17 ans. La scène commence par une interminable dispute qui va durer tout le long de la pièce pendant que du dehors nous proviennent les bruits inquiétants d’une guerre. Au fur et à mesure que l’action avance, on découvre à travers les dialogues l’histoire personnelle de ces deux personnages, leur passé, leur place dans le monde et les rapports empoisonnés qu’ils entretiennent. Comme faisant écho à leur désaccord perpétuel, la guerre dehors avance inexorablement et menace de les avaler. Le traducteur de la pièce Nacer Mouhaouche est un diplômé de l’ISMAS (promotion 2008). Il travaille en free lance comme comédien (théâtre et cinéma) et s’intéresse beaucoup à l’écriture dramatique en langue amazighe.

 

Quant à Ahmed Khoudi, le metteur en scène, il est diplômé de l’INSAS (Institut national supérieur des arts de spectacle et de diffusion) de Bruxelles en 1982. Metteur en scène et enseignant à l’ISMAS (Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et des arts du spectacle) de Bordj El-Kiffan, Alger, il a réalisé une vingtaine de mises en scène à travers les Théâtres régionaux d’Annaba, de Béjaïa, d’Oran, de Tizi Ouzou et du Théâtre national algérien. Il a été directeur du Théâtre régional de Bejaia de 1989 à 1992. Metteur en scène résidant au TNA en 2002-2003. Metteur en scène invité par le Centre Dramatique de la Courneuve (Seine-Saint-Denis – Paris, France) en 2003, 2004, 2006 et 2007, directeur artistique du Festival national du théâtre professionnel d’Alger édition de 2006, il a reçu, en 2007, le prix de la meilleure mise en scène au Festival national du théâtre professionnel d’Alger avec la pièce «La maison de Bernarda Alba ». En 2011, il obtient le prix de la mise en scène pour la pièce « Am win yetsrajun rebbi» au Festival national du théâtre amazigh (Batna).

 

 Ahmed Khoudi souligne, au sujet de cette nouvelle pièce, qu’Eugene Ionesco livre une réflexion profonde et déchirante sur la nature humaine. Partant de l’histoire d’un couple, il extrapole et met en scène l’étrangeté des rapports humains et leur complexité. « C’est une pièce sur le couple, sur ses difficultés à communiquer, à cohabiter et à s’aimer. Mais c’est aussi et surtout une pièce sur le monde et sur son impossibilité à trouver son harmonie. Car au-delà de son histoire personnelle, ce couple n’est-il pas le microcosme de la société et du monde ? À cette dispute entre deux êtres enfermés dans une chambre, qui se déchirent et se détruisent mutuellement, répond en écho du dehors, le bruit d’une effroyable guerre. Autant les raisons de la dispute à l’intérieur sont puériles autant les raisons de la guerre dehors sont futiles. Plus près de nous, et c’est l’option que je compte donner à la pièce, il s’agit d’une représentation féroce de la tragédie que notre pays a vécu récemment et qui a vu une société se déchirer dans un terrible déferlement de violence et de haine », ajoute Ahmed Khoudi.

 

Ce dernier précise que les relations entre les personnages sont exacerbées à l’extrême dans une ambiance où l’amour est le grand absent : « Dans un incessant aller-retour entre le tragique et le comique, les personnages seront montrés dans leur étrangeté, cruels, quasiment inhumains, presque irréels. Ils sont comme deux marionnettes désarticulées, prisonniers de leur ego, ils refusent de s’accepter et procèdent à leur destruction mutuelle pendant qu’autour d’eux le monde se délabre inexorablement. Ce sont eux qui, en se livrant ce combat insensé, créent la guerre dehors. Chaque fois qu’à l’intérieur le conflit s’intensifie, la guerre dehors devient plus pressante ». Ahmed Khoudi estime que c’est comme si la guerre à l’extérieur dépendait de la guerre à l’intérieur et qu’au final il suffirait que le couple retrouve son harmonie pour que le monde dehors retrouve la paix à son tour.

 

Aomar Mohellebi

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