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Djamila Sahraoui : La cinéaste Djamila Sahraoui signe un film de fiction sobre, beau et fort, où elle évoque la guerre civile à travers la relation d’une mère à l’un de ses fils, honni.

 

 Film franco-algérien, 1 h 30  « Yema », tragiques déchirures algériennes

Présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2012, Prix de la critique internationale la même année au festival de Dubaï, Yema livre le récit très sobre d’une mère confrontée aux déchirures intimes de l’Algérie, plongée dans la guerre civile. En 1990, dans un village reculé, brûlé par le soleil et le vent, Ouardia enterre elle-même l’un de ses fils, à l’ombre des murs d’une petite propriété familiale, spartiate et isolée, sans eau courante ni électricité.

 

Un jeune homme armé la rejoint bientôt, sans que l’on sache si ce gardien venu de la montagne la protège ou la surveille. Revêche, taiseuse, obstinée, rendue aussi dure que la pierre par une indicible douleur, Ouardia ne se laisse pas amadouée par cet intrus qui dort à l’extérieur, avec ses brebis. Elle tisse pourtant avec lui un lien ténu, accepte en silence l’aide qu’il lui offre pour redonner vie aux alentours desséchés de la maison, planter un potager et l’irriguer.

 

Le fragile apaisement, l’équilibre précaire basculent à nouveau lorsqu’un autre de ses fils, depuis longtemps honni, reparaît. Chef d’un maquis islamiste, condamné à la clandestinité, il lui apprend la mort en couche de son épouse et lui demande de veiller sur l’enfant qui vient de naître. Ouardia accepte, dans un sursaut d’humanité que sa haine à l’encontre de ce fils, tenu pour responsable du décès de l’autre, a bien failli empêcher. Quelque temps plus tard, lorsqu’il se présente à nouveau, affamé et blessé, Ouardia semble bien décidée, avec ses moyens à elle, de lui faire payer le prix de la violence et des souffrances engendrées.

 

 Yema impressionne par sa force évidente, presque minérale.

Tourné comme un presque huis clos, pour un budget dérisoire, dans une région à la beauté hiératique, baigné d’une de ces lumières crues qui naissent des ciels immenses et purs, Yema impressionne par sa force évidente, presque minérale. Si on peut émettre quelques réserves quant au jeu des deux acteurs masculins, celui de Djamila Sahraoui, qui incarne elle-même la mère, est d’une intensité aussi remarquable que bouleversante.

 

Dans un décor qui pourrait tout aussi bien convenir à une tragédie antique, cette histoire de haine et de colère, de pardon qui ne vient pas, reste longtemps au coeur et à l’esprit du spectateur.

 

Si elle s’avère encore peu connue de ce côté-ci de la Méditerranée, la réalisatrice Djamila Sahraoui, 63 ans cette année, jouit d’une solide réputation de documentariste au Magreb et au Moyen-Orient, dont le travail a été salué à de nombreuses reprises. Son premier film de fiction, Barakat (2006), avec Rachida Brakni, lui a notamment valu le prix Oumarou Ganda de la meilleure première œuvre, ainsi que deux autres récompenses, au festival Fespaco, au Burkina Faso, en 2007. Ce second long-métrage, tout aussi inspiré et percutant, confirme son passage réussi à la fiction.

 

 ARNAUD SCHWARTZ

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