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nouara 300x3192Pour son passage, samedi dernier, à la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, Nouara a eu droit, comme d’habitude, à une salle bien remplie. Sur l’agenda artistique de la ville, c’était d’ailleurs l’événement de la journée. évidemment, c’est désormais un rituel, tous se sont levés comme un seul homme pour accueillir la diva sur scène. Acclamations, youyous, plaisir, les présents ont donné l’impression de ne ressentir que du réconfort durant tout le concert. Une véritable communion entre l’artiste et son public. Nouara en parle dans cet entretien où elle évoque plein d’autres sujets également.

La Dépêche de Kabylie : Nouara de retour sur la scène de Tizi-Ouzou. Vous venez de vivre un beau récital. Tout d’abord votre sentiment premier.

 

Nouara : Quoi vous dire si ce n’est que c’est toujours avec un grand plaisir que j’aborde de telles rencontres. C’est le genre de moments qui me font vraiment revivre. Et puis ici à Tizi c’est, il est vrai, c’est encore un peu plus particulier, c’est chez moi. Une sorte de bonus, un beau bonus ! Ca fait vraiment plaisir. On respire mieux. Quand vous êtes bien, vous sentez comme si l’oxygène a tout d’un coup une odeur, un parfum très agréable, c’est le cas pour moi ce soir.

N’avez vous pas eu d’appréhensions avant de découvrir la salle, comment ça allait se passait, surtout que vos montées sur scènes se font de plus en plus rares, encore plus à Tizi-Ouzou ?
Non, pas d’appréhensions proprement dites, même s’il est vrai qu’un récital à Tizi-Ouzou a toujours ce petit grain qui fait la différence par rapport à ailleurs, mais sans plus. Sinon, vieux comme vieilles, jeunes et moins jeunes, je suis toujours heureuse d’aller à leur rencontre. C’est vrai que je n’ai pas le même âge qu’il y a de cela vingt ans, mais dans ma tête je n’ai pas trop changé. Je m’adapte vite aux situations qui se présentent à moi. Et je le fais toujours spontanément, avec grand plaisir.

Mais alors pourquoi cette grande absence de la scène, alors qu’à vous voir, tout semble aller pour le mieux : la silhouette toujours bien droite, la voix intacte, le souffle pas du tout affecté…
C’est sûr qu’il y a du vrai dans ce que vous dites, même si la passion reste vraiment intacte au fond de moi. Mais au risque de me répéter, ce n’est plus le temps d’avant. Parfois je tombe malade, parfois ce sont juste des petits coups de fatigue, mais ça me pèse et je me mets au repos. Je n’ai plus la santé d’avant, ce sont tout de même 69 ans de vécu et ça commence un peu à clignoter de toute part, même si ça ne se voit pas le temps d’un concert !

Pas autant tout de même…
Ça me flatte, et c’est ce qu’on me dit. Mais l’année prochaine, c’est sûr, je bouclerai mes soixante-dix ans. Et soixante-dix ce n’est plus cinq ou trente ans. Y a vraiment du chemin entre les deux… C’est à la fois long et court. Car quand il s’agit de belles choses, on ne sent pas le temps passer. La vie va vite… Et comme je le disais tout à l’heure, même si la passion et l’envie sont toujours là, la santé et la forme nous jouent parfois des tours…

De toutes les façons, la voix est toujours là ! On dirait que vous faites un Play back…
Je ne sais pas (rire), je préfère laisser les autres apprécier. Et s’ils trouvent que ça résonne ou qu’elle dorlote toujours aussi bien, tant mieux.

En tous les cas suffisamment bien pour faire ressentir une grande frustration à ceux qui vous aiment de ne pas vous voir leur servir encore plus souvent ce qu’ils apprécient le plus chez vous. Mais peut-être que, si ça se trouve, vous leur préparez une belle surprise ?
Allez savoir… (Rire)

Plus sérieusement, peut-être une nouveauté à mettre sur le marché ?
Oui, oui. J’ai un programme qui est en chantier depuis des années… Ca remonte à plus de quinze ans maintenant et j’espère le mettre au point très prochainement. Je compte bien le finir au courant de cette année pour le présenter au public l’année prochaine.

C’est quoi exactement ? C’est un album ? Un double ? Une vidéo ?
Non, non, c’est un album. Voilà tout. Ce seront quelques huit chansons.

Ce sont des chansons anciennes jamais chantées, ou peut-être revues ou carrément de nouvelles compositions ?
C’est ça, ce sont de nouvelles chansons inédites.

Vos compositions ?
Non, non, les paroles sont de Abdelmadjid Dali et la musique est de Medjahed Hamid.

Tenez, vous évoquez là un nom qui vous était bien proche mais à qui on prête une certaine distance vis-à-vis de vous ces derniers temps. Ces absences répétées lors de vos dernières sorties, comme celle d’aujourd’hui, ne sont pas pour lever toute équivoque sur le sujet… Qu’en est-il exactement ?
Et bien, je saisis l’occasion pour dire qu’il n’en est rien de ces dires à tort et à travers. C’est juste une question de santé. Medjahed Hamid a tout de même passé de très durs moments. Cela fait deux si ce n’est trois ans qu’il est souffrant. Il a dû rester alité chez lui à la maison. Il a d’ailleurs même subi une opération dernièrement et dieu merci il reprend peu à peu, au bonheur de sa famille et de ses enfants. Et puis peut-être reprendrai-je un jour la scène avec lui. Mais sinon, il n’y a aucun problème. D’ailleurs l’album, on le travaillera ensemble. On fera l’enregistrement ensemble. Et que cessent alors ces rumeurs malveillantes. Franchement, je n’aime pas ça. Il n’y a absolument rien entre moi et Medjahed Hamid. Comme je n’ai jamais eu le moindre souci avec n’importe quel collègue de travail avec qui j’ai eu à partager un jour une émission, ou une expérience professionnelle.

Revenons à l’album. Vous chantez quoi dedans ? Toujours du vécu du passé, ou plutôt des tranches de vie actuelle ?
Sans rentrer dans les détails, ça je laisserai les gens faire l’appréciation qui sera la leur. Il y aura plusieurs thèmes dont le sentimental, ou l’amour si vous voulez, le social… Bref, j’essaie de présenter le plus beau mélange.

Comme vous nuancez entre le sentimental et l’amour, il y a sans doute un décalage aussi entre les amours chantées à l’époque de Kheddam, Noura et vous-même, et le sujet tel qu’abordé aujourd’hui. Les approches et le vocabulaire ont changé. Devrait-on alors s’attendre à un beau voyage nostalgique dans le temps ?
C’est sûr qu’il y a des choses qui sont ancrées en moi et que je ne peux changer, mais c’est vrai que pour faire parvenir le message aux jeunes d’aujourd’hui, il faut aussi leur parler, leur chanter dans le langage qui est le leur aujourd’hui. Donc je vais essayer de réussir l’amalgame le plus séduisant pour ne pas décevoir et frustrer les uns et surtout toucher les autres.

Vous avez déjà entamé le travail en studio ?
Non, on n’en est pas encore à cette étape. Quand on en arrivera là je considèrerai que tout est au point. Et aujourd’hui, ce n’est pas encore le cas. Cela dit, j’ai l’album chez moi. Enfin, disons qu’une ébauche a été déjà finalisée. C’est justement Hamid et Abdelmadjid qui s’en chargent. Et avec la technologie d’aujourd’hui, l’enregistrement se fait pièce par pièce, ce n’est plus comme avant.

Y aurait-il des changementsen vue par rapport à ce qu’on vous connaissait déjà dans ce domaine ?
Pas vraiment. Je compte bien rester fidèle à moi-même avant tout et envers ceux qui apprécient ce que je fais. Donc ce ne sera que de l’acoustique qui devrait donner un classique comme au bon vieux temps. Aucune métamorphose.

Si on fait le bon parallèle, ce sera donc pour bien fêter vos soixante-dix ans l’année prochaine ?
Qui sait ? Si Dieu veut bien nous prêter main forte d’ici là, oui pourquoi pas !

Vous parliez tout-à l’heure du bon vieux temps, est-ce à dire que vous êtes de ceux qui considèrent que la chanson kabyle a régressé ?
Non pas du tout. Mais alors aucunement. C’est juste pour reprendre le vieil adage et puis chacun a ses repères nostalgiques. On ne vit pas les mêmes vingt ans. Chacun a ses nostalgies. Et tout le monde n’a pas forcément les mêmes souvenirs, n’a pas été marqué par le même détail. Voilà, ce n’est que ça. Maintenant, aller jusqu’à dire que la chanson kabyle souffre du présent, moi je ne suis pas d’accord. Bien au contraire, je la vois bien portée par une relève très créatrice et dynamique. Il y a de belles voix, de belles compositions…non vraiment !

Peut-être que vous évitez juste d’être celle qui taperait sur les doigts de pas mal de nouveaux chanteurs… ?
Non, non ! Même à notre époque tout n’était pas au top. Il y a toujours eu du bien et du moins bien. Et en ce moment, il y a bien une belle relève.

Vous la sentez vraiment cette relève sur le plan qualitative ?
Oui. Sinon je ne dirais pas quelque chose de ce genre.

Pouvez-vous citer deux à trois noms en exemples ?
Je ne préfère pas, pour ne pas risquer de froisser les nombreux autres que je ne pourrai pas tous citer.

Belle réponse conciliante !
Je vous assure que ce n’est pas mon but, mais c’est ma manière d’encourager tous ceux qui veulent persévérer sur ce dur chemin.

 

Entretien réalisé par : Djaffar Chilab

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