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Yennayer, premier jour de l’an berbère, selon le calendrier agraire, devrait être fêté pratiquement dans toute l’Afrique du Nord la nuit du mardi 12 janvier.

2960, un parcours historique marquant la 22e dynastie de l’Égypte antique correspondant à la période dominée par le roi berbère Chechonq (Chachnaq) qui devint pharaon. Chechonq ne se limita pas à l’Égypte, mais s’empara de la Palestine et Jérusalem. Dynastie allant de Chechonq 1er à Harsiesis, à Thèbes. En effet, peu importe l’origine de cette fête populaire, elle doit être célébrée officiellement dans tous les États de l’Afrique du Nord, car elle marque cette culture et touche l’identité dans ses dimensions historique et sociologique. Aujourd’hui, Yennayer est vécu comme fête rassemblant les peuples de l’Afrique du Nord – toutes religions confondues.

Elle est même symbole de tolérance et révélatrice de coutumes et pratiques qui se faisaient un peu partout. On en préserve quelques-unes à l’ouest du pays, notamment à Nedroma (Tlemcen) où s’offrent entre voisins des mets traditionnels à l’exemple de berkoukes. Ainsi l’histoire nous enseigne que “les musulmans portent des fruits et des crêpes aux juifs de leur connaissance qui leur offrent au retour des reqâqs”, in Revue Africaine n° 49, année 1905, p.53. Cette fête continue à être célébrée dans El-Kaf et El-Khemis de Beni Sennous, “Kebaïl de Tlemcen”, comme on les appelle.

La durée de la fête est variable ; toutefois, elle prend généralement trois jours ; à Tlemcen, le premier jour s’appelle “nefqat lahm” (achat de viande), le deuxième “nefqat kermous” (achat de figues) et le troisième “r’as el âam” (jour de l’an). Les habitants environnants vendent du lait et du palmier nain à cette occasion pour espérer une année blanche (sans problème et contraintes) et verte (fertile).

En Kabylie du Djurdjura, il est coutumier de faire des offrandes “thimeshrat”, aux Aurès, on égorge des moutons et des chèvres. Il y a là, dans la pratique de l’écoulement du sang, la chasse du mal et des mauvais esprits ; ce que l’on peut retrouver partout en Afrique du Nord, notamment chez les Berbères chleuhss et rifains du Maroc.

Ce qui caractérise le dîner de Yennayer est la présence des volailles dans tous les plats (coq et poule) pour que l’année soit aussi fertile à l’image des œufs, excellent symbole de la fécondité et la bonne récolte d’une terre féconde. De là la déduction que toute cette manifestation avait son origine dans le lien ombilical des Berbères à la terre et l'attachement indéfectible à l’agriculture.

Concernant les rites, on évoque des pratiques ancestrales, plus ou moins d’actualité. À Nedroma, on mange, le deuxième jour, la tête du mouton ; “celui qui pour Yennayer mange une tête reste tête” (elli yakoul raâs fi Yennayer yebqa ras). Une pratique de même sens en Kabylie où on coupe au garçon de la famille ses cheveux pour la première fois et on célèbre sa première sortie. “C’est la vénération du mâle chez les Amazighs”. Le couscous aux légumes secs (pois chiche, fèves, haricots blancs…). À l’ouest, berkoukes et les pâtes qui montent à la levure. La symbolique de l’année prospère par la récolte est la même.

Les Kabyles du Djurdjura sèment et plantent leurs arbres, les 15 premiers jours du mois de Yennayer, à Mascara, on réunit pour Yennayer le plus d’hôtes possibles afin de partager des repas ensemble. À Saïda, les vieillards font du porte-à-porte pour se souhaiter la bonne année. Notons que l’occasion est aussi bien festive pour les enfants qui jouent à l’extérieur ; les filles confectionnent des poupées qu’elles revêtent comme une mariée qu’elles appellent “blisa”. On fait un bal masqué que les habitants de l’Ouest algérien désignent sous le nom d’Iher (lion), d’où le nom de “wihran” (Oran) et “thihert” (la lionne) pour Tiaret.

Donc, tout compte fait, la fête de Yennayer, que les populations ont tendance à oublier ou à ignorer la portée civilisationnelle et historique, doit être officiellement reconnue, pas uniquement dans la région berbérophone, mais dans toute l’Afrique du Nord ; preuve d’histoire et d’identité commune. C’est aussi un domaine de recherche à investir pour mieux comprendre des pans entiers de notre Histoire.

MOKRANE NEDDAF     (source, kabyle.com) 

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