
Ils ne sont pas des masses, certes, mais les Subsahariens clandestins tentent le transit par le Nord algérien à la recherche d’une vie meilleure.
Après plusieurs mois d’accalmie, les migrants clandestins reviennent en Algérie pour tenter une nouvelle aventure pour rallier l’Europe. Des dizaines de migrants commencent, en effet, à s’installer clandestinement à la périphérie de la capitale, le temps d’appréhender la situation qui prévaut dans les agglomérations pour éviter de tomber entre les mains des services de sécurité.
Venus de plusieurs pays d’Afrique, notamment ceux partageant une frontière terrestre avec l’Algérie, les migrants ont choisi la saison des feuilles mortes pour signer leur retour, le temps de trouver un refuge de fortune, en attendant des jours meilleurs. Aguerris aux méandres de cette aventure à risques, ils s’embusquent sous les ponts, alors que d’autres ont pu avoir des tuyaux pour trouver un travail dans le bâtiment chez le privé ou encore dans l’agriculture.
C’est ce que nous avons constaté de visu, lors d’une virée à la périphérie de Draria, de Khemis El-Khechna, de Hammadi ou encore aux sorties des villes de Dar El-Beïda, de Rouiba et d’El-Hamiz. “Ici, les migrants africains sont tous des locataires. Seulement on ne sait pas s’ils sont recensés ou pas par les autorités, mais la grande majorité a été expulsée au début de l’année en cours. Certes, ils commencent à revenir, mais on est loin des périodes où ils venaient très nombreux s’installer aux alentours des chantiers et des boutiques pour chercher du travail”, témoigne un habitant de Draria. Ce n’est pas le cas à Rouiba où les migrants se planquent sous les échangeurs pour échapper aux “radars” des services de sécurité. “Ils sont revenus depuis quelques semaines seulement. Certes, ils ne sont pas nombreux, mais ils ont rallié Alger pour fuir la précarité qui règne dans le Grand-Sud algérien. Ici, au moins, ils arrivent à se procurer quelque chose à se mettre sous la dent”, affirme un citoyen rencontré sur les lieux. Celui-ci témoignera que “ces migrants prennent la fuite dès qu’ils aperçoivent les gendarmes ou une voiture de police. Ils sont venus en famille”. En revanche, ces ressortissants africains en situation irrégulière en Algérie évitent les principaux fiefs où se réfugiaient des centaines de familles, de jeunes et de moins jeunes et qui avaient fait l’objet de vastes opérations de rapatriement dans leurs pays d’origine.
Notamment les localités réputées pour être des relais des migrants en milieu rural où le recensement se fait systématiquement par la Police générale après sa réquisition par les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Du coup, témoignent plusieurs citoyens que nous avons interrogés, “ces migrants évitent de circuler pendant la journée. Sauf ceux qui travaillent dans les chantiers du bâtiment.
On les aperçoit rarement en famille. Mais dès le début de la soirée, les femmes et les enfants investissent la voie publique.Généralement, ils choisissent les lieux où sont dressés les barrages de contrôle. Dès que la circulation automobile ralentit, ils profitent pour s’approvisionner en eau ou encore en denrées alimentaires”. Cet état de fait est notamment perceptible chaque vendredi quand les services de sécurité ferment les accès à la capitale pour empêcher les manifestants de rallier la marche. Femmes et enfants de migrants profitent alors des longs embouteillages pour investir la chaussée pour mendier.
Depuis des années, le Nord algérien a toujours constitué pour les migrants clandestins un transit propice pour rallier l’Espagne, l’Italie ou la France. Les zones rurales étant verrouillées et les foyers de migrants démantelés, les ressortissants africains changent de circuits et se font de plus en plus discrets pour réussir leurs nouvelles aventures. Même au niveau de l’axe autoroutier, ces migrants se montrent de moins en moins.
Ces derniers occupent moins les abords des localités d’El-Kharouba, de Khemis El-Khechna, de Zidane, d’Ouled Moussa ou encore de Reghaïa. Il faut rappeler que l’Algérie avait enregistré, durant l’année 2018, une moyenne quotidienne de 500 tentatives d’entrées illégales sur le territoire national par les frontières du Grand-Sud, devenues un endroit privilégié des réseaux organisés de passeurs des immigrés clandestins des pays sahélo-sahariens. La complexité du dossier des migrants s’est toujours située au niveau du recensement du flux migratoire et du traitement à réserver aux populations vulnérables, notamment les femmes et les enfants.
FARID BELGACEM ( Source liberté)