
C’est une belle initiative que celle prise par l’Institut français de Constantine, samedi dernier. Une rencontre-hommage à Kateb Yacine à l’occasion de son double anniversaire (1929-1989), animée Lynda-NawelTebbani, spécialiste de la littérature algérienne, accompagnée par le comédien Sid Ahmed Agoumi, que l’on ne présente pas.
«C’est un hommage subjectif», précise l’auteure et universitaire qui a exposé quelques pans de l’œuvre de Kateb sans pour autant percer le mystère de Nedjma. «On connaissait Nedjma sans la connaître», dixit son auteur. «De l’écrivain précurseur engagé à la figure tutélaire du désengagement», autant de facettes dévoilées de l’un des piliers de la littérature algérienne dont le parcours est multiple.
Kateb n’était pas seulement un auteur littéraire, «encore moins un auteur qu’on peut résumer», précise la conférencière. Son empreinte est immortalisée dans le Théâtre algérien, dans l’univers de la peinture et de la chanson chaâbie grâce à sa proximité avec le peintre Mohamed Issiakhem et El Hadj Mohamed El Anka.
Ce volet intitulé «L’Art katébien et l’Algérianité littéraire ou les arts et l’univers katébien» révèle que Nedjma dont on lui connaissait aucun visage, en a, en réalité, un. Lynda-Nawel Tebbani présente à l’assistance un livre, une référence, de Nedjma, édité par le ministère de la Culture dans les années 1970. Il est illustré par Issiakhem, et l’héroïne en question y avait bel et bien des traits. «Incarne-t-elle l’Algérie ou cette cousine, cet amour interdit ?».
Cette question qui reste toutefois sans réponse et est interprétée différemment, plutôt subjectivement, insiste l’universitaire. Lors de cette rencontre-hommage fort agréable, des textes de Kateb ont été lus, précisément interprétés par l’immense comédien Sid Ahmed Agoumi. Il n’a pas seulement récité des textes, il les a portés, incarnés, leur a insufflés la vie.
Le premier était Le voyage de Rachid, extrait de Nedjma – la description de Constantine. Le choix n’était pas fortuit. L’hommage est fait à Constantine, ville natale de Kateb. Agoumi a transporté l’assistance dans les méandres du Rhumel. On se serait senti le héros de ce passage, déambulant dans les dédales du Rocher, formulant autant de questionnements. Idem pour Les révélations de Si Mokhtar.
La performance du comédien, qui a connu Kateb y est pour beaucoup. Il a incarné au théâtre, en arabe classique, le personnage de Lakhdar dans Le cadavre encerclé, mis en scène par un autre «grand» Kateb, Mustapha de son prénom. Et lui de revenir sur cette expérience, importante certainement, dans son parcours.
Il a côtoyé «Le père de Nedjma», dont plusieurs anecdotes distillées ravirent le public et lui firent découvrir un peu plus cette figure tutélaire de la littérature algérienne. «A force de le solliciter sur le sens de certaines répliques, j’ai fini par comprendre le message de Kateb : son œuvre ne lui appartient plus», a-t-il révélé.
Durant cette rencontre, instructive à plus d’un titre, deux arts se sont croisés, comme Kateb les affectionne. De la littérature de haute volée, représentée par Mme Tebbani, et de l’interprétation artistique, sublimée par la voix de Sid Ahmed Agoumi. Un hommage mémorable.
Par Naïma Djekhar ( Source El-Watan)