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“Ali Laïmèche a été le premier à vouloir inscrire le berbérisme dans la définition de la personnalité algérienne”

Bien qu’il n’avait que 22 ans lorsqu’il décéda, le 6 août 1946, des suites de la tuberculose, Laïmèche Ali, que tous les témoignages des acteurs de l’époque s’accordaient à décrire comme un “surdoué”, était, selon le professeur Hand Sadi, d’une maturité politique tellement élevée qu’il œuvrait déjà à son âge à définir la personnalité algérienne tout en ouvrant une voie pour l’amazighité qui était alors un véritable tabou.
Pour situer tout le poids du combat d’Ali Laïmèche qui a débouché sur la crise berbériste de 1949, Hand Sadi, qui animait, avant-hier, une conférence-débat dans le cadre de la célébration du 70e anniversaire de ce premier maquisard mort au maquis du mouvement national, ne s’est pas contenté d’une simple évocation de l’homme et de ses qualités puisqu’il s’est aussi longuement étalé sur la façon avec laquelle Ali Laïmèche a tracé, dit-il, une voie contre le discours dominant, non
seulement colonialiste, mais aussi dans son parti au sein duquel il était frontalement confronté à Messali dans un contexte, de surcroît, fait de prépondérance des forces hostiles à sa vision, et qui jouait négativement contre tamazight contrairement à l’arabisme et à l’islamisme.
“Bien que l’idée de l’indépendance eût été combattue par les oulémas, comme ce fut le cas par Cheikh Tayeb El-Okbi lors du discours de Messali au Ruisseau en 1936, malgré ça, Messali, autant il accusait de servir le colonialisme tous ceux qui osaient évoquer tamazight, autant il soutenait ces oulémas quand ils étaient victimes de tracasseries”, a expliqué Hand Sadi, soulignant que “tamazight était alors devenue un tabou”. Mais le mérite d’Ali Laïmèche dont le nom est associé à d’autres, tel que celui de Benaï Ouali, a été, selon les propos du conférencier, “de vouloir inscrire tamazight non pas dans le cadre d’une culture reconnue dans un État sous l’égide de la France mais dans le cadre d’un nationalisme radical et d’un mouvement de décolonisation. Ce qui n’était pas rien à l’époque”. Pour voir tamazight émerger parmi les fondements de la personnalité algérienne, a poursuivi Hand Sadi, Ouali Benaï comptait d’ailleurs énormément sur Ali Laïmèche qui a été malheureusement vite emporté par sa maladie.
Mais ce qu’il y a lieu aussi de retenir, a-t-il enchaîné, “à 20 ans, Ali Laïmèche n’a pas été complexé par Messali Hadj qui était déjà un demi-dieu. Il n’acceptait pas l’idéologie de Messali et réfléchissait en petit groupe comment définir la personnalité algérienne”. “Laïmèche savait tenir le langage qu’il fallait au peuple, et donc, non seulement un discours idéologique en direction des intellectuels”, a encore noté Hand Sadi, insistant sur le mérite de l’homme qui a, dit-il, “trouvé la voie étroite pour insérer tamazight là où il faut”.
Du point de vue de ce professeur connu et reconnu, même si la crise de 1949, dont l’origine remonte au travail d’Ali Laïmèche, continue encore aujourd’hui à susciter un grand débat, tant que certains estiment toujours qu’elle n’avait pas une dimension culturelle et qu’il s’agissait juste d’une crise de leadership qui visait à écarter les cadres qui gênaient la direction du PPA en les taxant de berbéro-matérialistes, on ne peut nier l’existence de cette dimension culturelle de la crise de 1949, comme le prouve la brochure Idir El-Watani dans laquelle la question amazighe a été ainsi véritablement posée en 1948 qui pose le problème de la définition de la personnalité algérienne et donnait des réponses qui n’avaient rien à avoir avec celles de Messali et de Chakib Arslan qui, aux côtés de Ben Badis et Bachir El-Ibrahimi, sont allés faire leur shopping chez Ennahda, au Moyen-Orient, et qui faisaient donc tout pour effacer la dimension amazighe de la personnalité algérienne.

Samir LESLOUS ( source Liberté)

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