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"Noël en otage" de Ferhat Mehenni

"Otage" d’un épisode de son passé, qui aurait pu lui être fatal, Ferhat Mehenni vient de publier un ouvrage sur la prise d’otage du vol d’Air France le 24 décembre 1994 par des terroristes du Groupe islamique armé. Libérateur donc !

L’ancien militant du MCB et actuel président du Gouvernement provisoire kabyle (GPK) n'a sans nul doute jamais approché la mort d'aussi près que durant ces jours sombres des 24 et 25 décembre 1994. Après plus de deux décennies, il a finalement mis en livre ces douloureux souvenirs. Dans "Noël en otage", il raconte cet huis clos mortifère dans lequel l'auteur a dû coudoyer ferme avec ses nerfs pour affronter les tueurs du GIA. Pas seulement lui, mais les autres otages aussi, soumis à la loi d’airain d’une clique de tueurs sans état d’âme.

En l’espèce, Ferhat Mehenni est un revenant. Ancien responsable au RCD, militant historique de la cause amazighe, opposant notoire à l'idéologie islamiste, les terroristes avaient toutes les raisons de l’assassiner pendant cette prise d’otage. A cette époque, il menait à la tête du MCB le boycott scolaire et son portrait était souvent affiché dans la presse nationale. Pourtant, les preneurs d’otages ne savaient pas qui il était. Du moins les premières heures. "La peur de me faire remarquer a colonisé mon esprit". Découvert, l’auteur raconte l’échange surréaliste avec l’un des preneurs d’otage. Les propos étaient à couper au couteau ! Il sera même "invité" dans le cockpit pour servir de porte-voix aux preneurs d’otage !!!

Haletant et insoutenable, "Noël en otage" fait revivre ces moments d’indicible tension qui régnait dans l’avion. La mort rôdait et chacun, avec une furieuse volonté de survie de lui échapper. Ferhat ne donnait pas cher de sa personne devant les tueurs du GIA. Se pouvait-il être autrement ? Il ne dut sa survie qu’à un concours de circonstances. D’abord le courage intervention d’une praticienne de la santé. L’avion est à l’aéroport de Marseille et la tension est à son acmé quand un des terroristes s’adresse à Ferhat. "Prépare-toi !". La sentence est martiale. L'ancien, comme l'appelle ses compagnons de lutte, a compris que les négociations entre les preneurs d'otages et les autorités française ont échoué. Mais alors à quoi a dû penser ce militant engagé depuis son jeune âge quand il a entendu la sentence ? A trouver la dernière énergie pour voler quelques autres moments de vie. "Je profite du temps qui m’est imparti pour tenter désespérément de sauver ma peau", écrit-il. Sans détour. "Mohamed ! Mon cœur me fait mal, est-ce que l’infirmière peut s’occuper de moi ?" tente-t-il. Cynique, le terroriste lui répond : "Pour tes dernières minutes, tu peux !". L’infirmière oscule longuement. Ferhat remet ses derniers instants entre les mains de cette jeune femme. "Tant que vous le ferez, je sais que je suis toujours en vie". L’infirmière prend son temps. Le terroriste s’impatiente. Elle tente le tout pour le tout : "Ecoutez son cœur va très mal. Il va lâcher dans une heure au plus tard. Mort pour mort, pourquoi le tuer ? Laissez-le mourir tranquillement." Le terroriste consent. Tout se précipite néanmoins les hommes du GIGN français investissent l’avion. Fin de l’épreuve. Restent les questions qui taraudent l’auteur et sans doute nombre des otages de ce vol Alger-Paris du 24 décembre 1994.

Dans "Noël en otage", l’auteur se pose des questions sur certaines coïncidences. Il se demande pourquoi la fouille à l’aéroport d’Alger a été légère ce jour-là. Pas seulement, l’auteur raconte qu’il devait prendre le vol de la veille, mais de troublantes interventions lui ont fait changer d’avion.

Bien entendu, l’auteur profitera de la rédaction de cet ouvrage pour décocher quelques fléchettes contre le pouvoir. Aussi, il écrit : "Le pouvoir en dictature est un vampire qui, pour sa survie, a un besoin permanent et vital autant de sang et de larmes que de l’arbitraire et de silence. Seule la violence peut le lui garantir".

Le reste de l’ouvrage est trempé dans la même encre. La même plume concise et ravageuse.

Kassia G.-A.( source le Matindz)

Tag(s) : #CULTURE

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